
Alors que les grands groupes bancaires panafricains misent sur une présence tentaculaire, Yérim Sow, entrepreneur sénégalais à la tête de Teyliom, préfère une stratégie de niche, rentable et ciblée. Sa branche financière, Bridge Group West Africa (BGWA), basée en Côte d’Ivoire avec une extension au Sénégal, s’impose comme un modèle atypique, selon des informations de Jeune Afrique. Une approche saluée par les experts et portée par des résultats solides.
Fondée en 2006, Bridge Bank Group Côte d’Ivoire (BBGCI) est la 12e banque de l’Uemoa, avec un bilan de 748 milliards de F CFA (1,1 milliard d’euros) en 2023. Loin des leaders comme Société générale Côte d’Ivoire (plus d’un million de comptes), elle cible la banque d’affaires et les particuliers aisés, avec 28 700 clients triés sur le volet. « Bridge Bank choisit les PME les plus sûres et solvables », reconnaît un concurrent ivoirien. Résultat : un bénéfice de 20 milliards de F CFA en 2023 (+13 % sur un an), deux fois supérieur à la moyenne régionale, et un coefficient d’exploitation de 45 %, contre 66 % en Côte d’Ivoire et 73,1 % dans l’Uemoa.
Avec 608 milliards de F CFA de dépôts et 457 milliards de F CFA de crédits, elle se hisse au 21e rang régional pour ces indicateurs, malgré un réseau limité à 13 agences. Cette rentabilité séduit les bailleurs : en mars 2025, la Société financière internationale a injecté 40 millions de dollars pour financer les PME, suivis par la BAD (30 millions d’euros) ou encore Swedfund (5 millions de dollars).
Une vision encensée
Yérim Sow, architecte de cette réussite, est célébré pour son audace. Hichem Ghanmi d’AfricInvest, ex-actionnaire, le décrit comme « un véritable entrepreneur visionnaire, en quête de projets percutants ». Un financier ouest-africain ajoute : « Il renforce les fonds propres sans se diluer, attirant des partenaires comme Oikocredit. » Cette stratégie s’appuie sur Teyliom, actif dans 16 pays, dont la finance représente 41 % des revenus (48 millions d’euros en 2021).
BGWA ne se limite pas à la banque : elle inclut Bridge Securities, Bridge Asset Management et Bridge MicroFinance, avec une participation au Sénégal. « La régionalisation reste modérée, centrée sur Dakar, son pays natal », note un rival. Côte d’Ivoire et Sénégal pèsent 60 % du PIB sous-régional, rendant une expansion superflue. Mais le modèle a ses limites : « Bridge ne s’ouvre pas au public », regrette un expert, face aux exigences de transparence croissantes.
Dans un secteur marqué par le retrait de géants occidentaux, Bridge Bank prospère grâce à ses services digitaux et son focus sur une clientèle aisée et des PME solvables. Yérim Sow démontre qu’une stratégie ciblée peut rivaliser avec les mastodontes, sans leur taille.
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