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"Des paiements secrets en espèces": comment Donald Trump monnaye les expulsions de migrants vers des pays africains

Auteur: tv5monde

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"Des paiements secrets en espèces": comment Donald Trump monnaye les expulsions de migrants vers des pays africains

Depuis plusieurs mois, Washington multiplie les expulsions de migrants en situation irrégulière vers des pays africains en échange d'intérêts financiers. Cette "diplomatie transactionnelle" soulève des questions sur les droits humains. Un sujet "embarrassant" pour les autorités des pays recevant ces déportés, selon une journaliste du journal français Le Monde Afrique interrogée par TV5MONDE.

Ils débarquent d'un avion américain dans un pays africain qu'ils ne connaissent pas. Depuis plusieurs mois, Donald Trump développe une politique d'expulsion des migrants en situation irrégulière aux États-Unis vers des États d'Afrique. Concrètement, cette "diplomatie transactionnelle" permet à la police de l'immigration américaine (ICE) d'expulser des migrants vers des pays-tiers, souvent africains, en échange d'investissements financiers, voire de "paiements secrets en espèces", révèle la journaliste du journal français Le Monde Afrique Morgane Le Cam, interrogée ce mercredi 25 février par TV5MONDE.

Grâce à une enquête menée notamment sur des expulsions vers le Cameroun, la journaliste parvient à conclure que "certaines sources estiment que Yaoundé essaierait d’obtenir de Washington la levée de restrictions sur des visas qui ont été imposées par les États-Unis en juillet dernier sur les Camerounais qui souhaitaient" voyager Outre-atlantique. Ces négociations soulèvent notamment des questions sur les droits humains et sont pointés par des ONG comme Human Right First ou Refugees International

400 millions de dollars pour la Santé au Cameroun

Le 15 janvier, neuf migrants ont atterris à Yaoundé. Puis le 16 février dernier, huit autres sont descendus d'un autre avion, sur le même tarmac. Des arrivées que les autorités camerounaises auraient préféré garder les plus discrètes possibles. "On a bien vu que le sujet était embarrassant pour le Cameroun parce que quand la deuxième vague de migrants est arrivée à Yaoundé, le lendemain leur avocat […] s’est fait arrêté par la police pendant quelques heures avec quatre journalistes camerounais qui étaient venus couvrir l’affaire", détaille Morgane Le Cam. 

"D’autres sources disent que Yaoundé essaieraient de donner à Washington des contreparties. En décembre dernier, on a vu que les États-Unis avaient annoncé un énorme financement du secteur de la santé au Cameroun. On parle de plus de 400 millions de dollars", poursuit-elle, tout en précisant que le Cameroun n'est pas le seul pays africain à s'investir dans la diplomatie transactionnelle étasunienne.

Cette politique migratoire, assortie de ses négociations financières et ses propositions d'accords est négociée pour l'heure avec cinq pays: l'Eswatini, le Ghana, la Guinée Équatoriale, le Rwanda et le Cameroun donc. Dans un rapport sénatorial publié par le Congrès américain le 13 février dernier, des élus démocrates dénoncent cette pratique, notamment sur le volet financier. "À quel prix?", se nomme ce rapport qui interroge le coût des expulsions pour les contribuables étasuniens.

“Les États-Unis ont affecté des dizaines de millions de dollars au déplacement d’un nombre relativement faible de personnes vers des pays tiers, dont certaines, après des vols de plusieurs milliers de kilomètres, prennent un autre avion pour retourner dans leur pays d’origine, là encore aux frais des États-Unis”, résume le rapport, cité par l'hebdomadaire français Courrier International.

L'article de Courrier International cite également le site d'information Semafor, sur le coût que représente chaque personne expulsée: "Dans la mesure où ces transferts ne concernaient parfois qu’un petit nombre de personnes, le coût effectif ramené à l’individu, en tenant compte des rétributions aux pays tiers et des vols militaires, était [parfois] supérieur à 1 million de dollars".

"On a vu que des pays comme le Rwanda ou comme la Guinée Équatoriale avait pu obtenir 7.5 millions de dollars", complète Morgane Le Cam. Et parfois aussi, les négociations portent sur la levée de sanctions internationales. Cela a notamment été le cas du vice-président et fils de l'actuel chef d'État de la Guinée Équatoriale, Teodorin Obiang.

Le Soudan du Sud n'a pas réussi à convaincre Washington

"Teodorin Obiang, qui est sous le coup depuis plusieurs années de sanctions pour des faits de corruption, de détournement de biens publics, a vu ses sanctions définitivement levées par les Américains suite à la signature d’un accord migratoire avec Washington", explique la journaliste du Monde Afrique.

Le développement de cette diplomatie très horizontale attire aussi d'autres pays, mais certains ont "un peu moins de chance", détaille-t-elle. "Comme le Soudan du Sud qui a essayé de faire lever des sanctions imposées contre des dirigeants impliqués dans la guerre civile, en échange d’un accord migratoire qu’ils ont signé avec Washington l’an dernier. Mais ça n’a pas fonctionné", conclut Morgane Le Cam. 

Auteur: tv5monde
Publié le: Jeudi 26 Février 2026

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