"Ils m'ont violée devant mes enfants" : au Burundi, les réfugiés congolais traumatisés par les blessures invisibles de la guerre
L'offensive de l'AFC/M23 sur le territoire d'Uvira, dans le Sud-Kivu en décembre 2025, a provoqué la fuite de dizaines de milliers de Congolais vers le Burundi voisin. La majorité d'entre eux a été regroupée à l'est du pays, dans le camp de réfugiés de Busuma. Sous des abris de fortune, ils tentent de se reconstruire. Ils racontent à RFI les bombes, les familles séparées et les traumatismes qui ne les quittent pas.
À l'intérieur d'une tente fouettée par le vent, Sarah, 34 ans, tient sa tête dans ses mains. "J'ai des palpitations, et parfois des vertiges, comme si j'allais tomber par terre, donc je suis venue consulter", explique-t-elle.
Sarah a fui la guerre dans l'est de la RDC en décembre dernier avec ses sept enfants. Elle porte le dernier, âgé de trois mois, dans son dos. Ce matin, elle est venue dans une clinique pour réfugiés, à Busuma, confier ses douleurs visibles et invisibles : "Mon mari a été tué par une bombe lancée par un drone. Je me suis retrouvée seule avec nos enfants et j'ai fui. Mais en route, je suis tombée dans une embuscade. Trois hommes en armes m'ont violée devant mes propres enfants. Depuis, ces images tournent en boucle dans ma tête. Et quand j'y repense, j'ai même du mal à respirer".
Le docteur Parfait Baluge, responsable de la clinique, a très vite compris, en arrivant sur le site, l'urgence d'offrir un soutien psychologique aux réfugiés. "Environ 70% de la population souffre de traumatismes. Ils sont très déprimés, beaucoup souffrent d'états de stress, d'anxiété. Femmes, hommes, enfants... Il y a vraiment beaucoup de cas de traumatismes", relate-t-il.
Dans la panique de la fuite, de nombreuses familles se sont disloquées. Benoît (le prénom a été modifié), 17 ans, est arrivé ici sans aucun adulte pour l'accompagner. "J'avais déjà perdu mon père et je vivais seulement avec ma mère. Mais pendant les combats, elle a fait une crise cardiaque et elle en est morte. J'ai fui quand les combats sont devenus intenses. Mais la route était vraiment dangereuse, il y avait beaucoup de balles qui sifflaient et des bombardements... Sur la route, on a dû enjamber des cadavres. Il y en avait beaucoup", confie-t-il.
En partant, Benoît a pris sur ses épaules son petit frère âgé de 9 ans. Il en est responsable aujourd'hui. Encore mineur, il est déjà devenu chef de famille. À Busuma, les réfugiés ont fui la guerre, mais pour beaucoup, elle continue autrement.
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