"Nous travaillons toujours du matin au soir": en RD Congo, comment les mines d'or ont joué un rôle dans la propagation d'Ebola
Dans la province de l'Ituri, dans l'est de la RD Congo, épicentre de l'épidémie d'Ebola déclarée le 15 mai dernier, l'exploitation aurifère favorise la propagation de la maladie, révèle une enquête du journal américain The New York Times.
L'épidémie d'Ebola, pour l'instant la troisième plus importante qu'a connu le pays, a été déclarée le 15 mai par les autorités congolaises. Elle a en réalité débuté bien avant, estiment des experts cités par le journal américain The New York Times, dès février, dans les mines d'or de l'Ituri.
La ville de Mongbwalu, en particulier, est l'épicentre de l'épidémie. Si cette ville est à ce point touchée par le virus, c'est parce qu'elle est située dans la ceinture aurifère du Kilo-Moto, où les colons belges ont ouvert les premières mines il y a plus d'un siècle.
Aujourd'hui, l'exploitation minière de la ville repose sur plusieurs mines informelles en périphérie. Beaucoup de mineurs viennent d'autres provinces du pays pour y travailler, et l'or est souvent envoyé à l'étranger par la suite.
La propagation du virus en ce début d'année aurait échappé aux autorités, puisque la souche d'Ebola concernée, le Bundibugyo, déclenche des symptômes méconnus. Le frère d'un mineur décédé des suites du virus et interrogé par le New York Times, a affirmé que son frère était atteint de symptômes similaires à la malaria.
Leur famille s'est rendue dans plusieurs cliniques à la recherche d'un remède, en vain. L'homme décédera. Aucun traitement ne permet de soigner le virus, à l'heure actuelle. Ce sont également les conditions de travail difficiles des mineurs, côte à côte dans les mines d'or, qui ont favorisé la transmission du Bundibugyo.
"Nous travaillons toujours du matin au soir, rien n'a changé", a affirmé à nos confrères Bienvenue Bironyi, un mineur ayant fui les combats du Nord-Kivu. L'homme a reconnu avoir entendu dire que des gens mouraient, sans pour autant savoir comment se prémunir du virus. Les conditions de travail difficiles des mineurs, côte à côte dans les mines d'or, ont favorisé la transmission du Bundibugyo.

Sur cette photo d'archive prise le 26 septembre 2005, un mineur fouille le sable et les roches brisées à la recherche d'or dans la ville de Mongbwalu, au Congo.
Selon Didier Bompangue, directeur adjoint de l’Institut One Health pour l’Afrique, interrogé par le média francophone Reporterre, "Mongbwalu et ses alentours ont connu, ces dernières décennies, une très forte croissance démographique. L’industrie y attire des gens de partout, au Congo, en Ouganda, en Centrafrique".
L’exploitation aurifère continue donc aujourd'hui de propager l'épidémie dans la région. C’est cette industrie qui alimente le flux de personnes, travailleurs, commerçants, contrebandiers ou encore prostituées venus du reste du pays ou des pays voisins.
La situation ne ferait qu'empirer: "Nous craignons que ce ne soit que le début de notre malheur", a déclaré Jean-Pierre Bikilisende, ancien maire de la ville au quotidien américain. Selon le dernier bilan de l'OMS, 381 cas d'infection au Bundibugyo ont été confirmés en République démocratique du Congo, dont 64 décès.
La province de l'Ituri, où se trouve Mongbwalu, concentre à elle seule 90% des cas confirmés et 76% des décès, selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CACM). De l'autre côté de la frontière nord-est, en Ouganda, 16 cas ont été confirmés, dont un décès.
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