Tunisie: la vidéo d'une migrante subsaharienne enceinte menacée de viol sous les yeux de son mari choque le pays
En Tunisie, une vidéo fait le tour des réseaux sociaux et illustre les violences que subissent quotidiennement les migrants subsahariens. Une femme migrante est agressée physiquement à son domicile et menacée de viol collectif sous les yeux de son mari. Des images qui datent d'il y a cinq ans, selon les autorités tunisiennes.
Une vidéo circule sur les réseaux sociaux en Tunisie depuis mercredi 3 juin et elle suscite une vive polémique dans le pays. Sur les images, un groupe d'individus tente de pénétrer de force dans le domicile d'une famille migrante. Une femme subsaharienne enceinte est dénudée par un adolescent tunisien qui la menace d'un couteau et de viol collectif, devant son mari.
Un journaliste tunisien a pu retrouver l'auteur de l'agression sexuelle qui l'a menacé de mort, selon des informations publiées sur sa page Facebook. Il a également pu localiser le lieu où a été tournée la vidéo. Il s'agirait de la ville de Thyna à Sfax, à l'est du pays, une région particulièrement touchée par les vagues migratoires et les départs de migrants subsahariens vers la Méditerranée.
Sur la toile, beaucoup d'internautes tunisiens se disent choqués par ces images, quand d'autres écrivent des commentaires comme "rentrez chez vous" ou "retournez dans votre pays", des remarques racistes adressées aux migrants subsahariens.
Face à la vague d'indignation, le ministère de l'Intérieur tunisien a réagi ce vendredi 5 juin. Selon son communiqué publié sur les réseaux sociaux, "les auteurs des faits ont été identifiés et interpellés par les forces de sécurité qui se sont saisies de l'affaire malgré l'absence de plainte officielle".
Mais "des recherches ont prouvé que la vidéo, qui a été diffusée depuis deux continents différents, documente un incident datant d'il y a cinq ans", indique le ministère, avant de conclure: "L'État tunisien est déterminé à garantir les droits et la dignité de toute personne présente sur son territoire et à appliquer la loi face aux contrevenants."
Cette vidéo reflète toutefois les violences à l'égard des migrants subsahariens en Tunisie. L'immigration originaire d'Afrique subsaharienne agite régulièrement le débat public en Tunisie. Début 2023, le président Kais Saied avait dénoncé l'arrivée de "hordes de migrants clandestins", évoquant un complot "pour changer la composition démographique" du pays.
Un climat qui alimente le racisme et conduit à des actes comme celui-ci, selon le média tunisien Nawaat, qui a publié un édito après cette nouvelle agression à l'égard d'une migrante.
"La déclaration de février 2023 a servi de catalyseur aux velléités racistes. Suite à elle, des campagnes d'expulsion des migrants subsahariens de leurs logements locatifs ont vu le jour, avant de dégénérer en rafles et arrestations massives, abandonnant ces personnes vulnérables à la frontière tuniso-libyenne", commente Aymen Rezgui, journaliste au sein du média indépendant.
"Ça en devient insupportable, toute cette haine". Il a également dénoncé "le laisser-faire généralisé à l'égard de cette violence. On laisse pourrir la situation et on pousse les Subsahariens à quitter le pays de la manière la plus odieuse qui soit."
En avril 2026, un député tunisien a tenu des déclarations qui ont suscité une vive polémique en Tunisie, lors d'une séance parlementaire de questions-réponses au ministre de l'Intérieur. Pendant son échange avec le ministre, Tarak Mahdi a mis en garde contre la "menace pour la paix sociale" représentée selon lui par les migrants, affirmant que "ces gens-là, il faut qu'ils partent coûte que coûte".
Le député a aussi fait allusion à des accusations de violences, notamment de viols, commis à l'encontre de migrantes subsahariennes. "Qu'une Africaine soit violée, cela n'arrive pas, il y a suffisamment de beauté en Tunisie", a-t-il affirmé, déclenchant des rires derrière lui. Ces propos ont aussitôt largement circulé sur les réseaux sociaux et provoqué de nombreuses condamnations.
Les droits des migrants subsahariens en Tunisie sont très limités. Ils ne peuvent pas, par exemple, travailler ou se loger chez des Tunisiens, même si cela se fait de façon informelle car beaucoup d'entre eux sont là pour travailler et tenter de rejoindre l'Europe. Le pays compterait entre 20.000 et 25.000 migrants subsahariens selon les ONG.
Un collectif d'organisations de la société civile, de partis politiques et d'associations a publié un communiqué commun condamnant avec fermeté la vidéo ayant circulé sur les réseaux sociaux. Les signataires affirment suivre avec "colère et indignation" cette affaire qu’ils qualifient de "crime effroyable".
Ils estiment également qu'elle s'inscrit dans un contexte plus large de montée des discours racistes, xénophobes et discriminatoires en Tunisie, ainsi que de multiplication des violences visant les personnes migrantes originaires d'Afrique subsaharienne et les Noirs en Tunisie.
Les organisations ont appelé à ce que des enquêtes aient lieu, que de réelles sanctions soient prises contre les auteurs de ces actes et que soient mise en place des mesures concrètes de lutte contre le racisme et les discours de haine.
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