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Blanchiment de capitaux et financement du terrorisme : la Côte d’Ivoire durcit le ton et multiplie les saisies

Auteur: Ivoirematin.com

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Blanchiment de capitaux et financement du terrorisme : la Côte d’Ivoire durcit le ton et multiplie les saisies

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La Côte d’Ivoire accélère la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, deux fléaux considérés comme de graves menaces pour la stabilité économique et financière du pays. À travers un renforcement de son arsenal judiciaire et institutionnel, les autorités ivoiriennes affichent désormais une volonté de fermeté face aux réseaux criminels impliqués dans des opérations financières illicites.

Le blanchiment d’argent repose généralement sur des mécanismes frauduleux sophistiqués, notamment la création de fausses factures, de transactions fictives ou encore de faux services destinés à donner une apparence légale à des fonds d’origine criminelle. Ces pratiques affectent profondément l’économie, fragilisent les systèmes financiers et alimentent d’autres formes de criminalité, y compris le terrorisme.

L’affaire impliquant l’influenceur ivoirien Apoutchou National illustre cette détermination des autorités. Près de deux mois après l’ouverture du dossier, la justice ivoirienne continue de suivre l’affaire avec attention. Le 21 avril 2026, une levée temporaire de l’interdiction de sortie du territoire lui a été accordée afin qu’il puisse se rendre en France pour renouveler son titre de séjour. Quelques semaines plus tôt, le 24 mars 2026, le ministère public avait requis sept ans de prison ferme et une amende de 240 millions de F CFA contre l’influenceur et ses coaccusés, dont Lionnel PCS. L’État ivoirien réclame également 2 milliards de F CFA de dommages et intérêts, tandis que la LONACI exige un milliard de F CFA.

Au cœur de cette stratégie répressive figure le Pôle pénal, économique et financier (PPEF), devenu un acteur majeur dans la lutte contre les infractions économiques complexes. Depuis son entrée en service en janvier 2020, cette juridiction spécialisée a traité plus de 1 964 procédures, dont 1 174 clôturées et 819 déjà jugées. Selon Jean Sansan Kambilé, ces résultats traduisent « l’efficacité et la cadence soutenue des investigations ». Les opérations menées ont permis la saisie de dizaines de biens immobiliers, de milliers de véhicules ainsi que de centaines de comptes bancaires pour une valeur dépassant les 10 milliards de F CFA.

En parallèle, plusieurs structures viennent renforcer ce dispositif. La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), créée en 2013, mène des enquêtes sur des faits de corruption, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. L’institution met également en avant les progrès réalisés en matière de promotion de l’intégrité et de consolidation des mécanismes de contrôle. De son côté, l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs criminels (AGRAC), créée en 2022, joue un rôle clé dans la récupération des avoirs issus d’activités illicites.

La riposte ivoirienne s’inscrit aussi dans une dynamique régionale portée par l’UEMOA, la BCEAO et le GIABA, conformément aux standards internationaux du GAFI. Ce cadre communautaire impose aux banques, établissements financiers et professions non financières des obligations strictes en matière de vigilance et de déclaration des opérations suspectes auprès des cellules nationales de traitement des informations financières.

Selon le Bureau de représentation de la Commission de l’UEMOA en Côte d’Ivoire, le pays a enregistré entre 2021 et 2025 des avancées jugées encourageantes dans l’application des directives communautaires relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Toutefois, les autorités reconnaissent que des efforts supplémentaires restent nécessaires pour garantir une application complète et efficace des dispositifs en vigueur.

Le blanchiment de capitaux demeure en effet un frein majeur au développement économique des États ouest-africains. Il fausse les indicateurs économiques, perturbe les projections de croissance et favorise l’expansion des réseaux criminels. Selon la Banque africaine de développement, la corruption représente à elle seule une perte annuelle estimée à 25 % du PIB du continent africain.

Le rapport national d’évaluation des risques publié en 2019 par les autorités ivoiriennes identifie notamment le trafic de drogue, la fraude, la corruption, l’évasion fiscale, la traite des êtres humains, la contrebande, la contrefaçon et le piratage comme principales infractions à l’origine des flux financiers illicites. Les capitaux issus de ces activités sont souvent recyclés à travers les banques, l’immobilier, les assurances, la microfinance, les jeux de hasard ou encore les marchés financiers.

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités ivoiriennes entendent maintenir la pression et renforcer davantage la coopération régionale et internationale afin de préserver la stabilité économique du pays et consolider la gouvernance financière.

Auteur: Ivoirematin.com
Publié le: Samedi 16 Mai 2026

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