Cacao au Ghana : des producteurs impayés, la prochaine récolte en danger (Reuters)
Selon Reuters, de nombreux cacaoculteurs ghanéens attendent toujours le paiement de leurs fèves. Cette situation fragilise leurs revenus et menace sérieusement les investissements nécessaires pour la prochaine récolte.
À l’origine du problème, un nouveau système d’achat du cacao. Introduit pour la campagne 2024/2025, il transfère le préfinancement des achats du Ghana Cocoa Board (COCOBOD) vers les négociants internationaux. Mais ces derniers refusent de verser les acomptes exigés, fixés à au moins 60 % de la valeur des contrats à terme en début de saison.
Toujours selon Reuters, ce refus a entraîné une accumulation d’importants stocks de cacao au Ghana, deuxième producteur mondial, d’autant plus que la production a dépassé les prévisions cette saison. Les volumes exacts ne sont pas connus. COCOBOD n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Sur le marché international, la conjoncture est défavorable. Un excédent mondial a fait chuter les prix du cacao d’environ 20 % depuis le début de l’année, après une baisse de 50 % l’an dernier. En 2024, les prix avaient pourtant bondi de 160 %. Cette forte volatilité complique la capacité de COCOBOD à convaincre les négociants de payer à l’avance.
Dans le système ghanéen, les producteurs vendent leurs fèves aux sociétés d’achat agréées, qui les revendent ensuite à COCOBOD. Ce dernier les cède aux négociants internationaux. Mais la baisse des cours rend ces derniers prudents. Certains estiment aussi que le prix payé aux producteurs est trop élevé.
En octobre, le Ghana a fixé le prix à la production à 58 000 cedis la tonne, soit environ 4 640 dollars, en hausse de 12 %. Les cours internationaux se situent autour de 4 700 dollars la tonne. Pour plusieurs acteurs du secteur cités par Reuters, acheter à ce niveau revient à prendre le risque de vendre à perte.
Ce nouveau modèle a remplacé un système vieux de plus de trente ans. Auparavant, COCOBOD levait des fonds grâce à des prêts syndiqués pour financer les achats de cacao. Ce mécanisme a été abandonné faute de financements suffisants. Mais le système actuel montre aussi ses limites.
Les conséquences sont lourdes pour les producteurs. D’après Stevenson Anane Boateng, président de l’Association nationale des producteurs de cacao du Ghana, cité par Reuters, certains agriculteurs n’ont pas été payés depuis novembre. Le nombre exact de producteurs concernés reste inconnu.
Theophilus Tamakloe, vice-président de l’Association des coopératives de producteurs de cacao du Ghana, a confié à Reuters que ces retards de paiement compromettent la capacité des agriculteurs à rembourser leurs prêts bancaires et à réaliser les travaux essentiels, comme la taille des cacaoyers et la fertilisation.
Sans solution rapide, la filière cacao ghanéenne pourrait faire face à une nouvelle crise.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.