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Dans les eaux usées analysées par Sciensano, de la cocaïne partout en Belgique, mais aussi d'autres découvertes...

Auteur: Rtbf.be

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Dans les eaux usées analysées par Sciensano, de la cocaïne partout en Belgique, mais aussi d'autres découvertes...

Pour la première fois, Sciensano a réalisé une surveillance à grande échelle des drogues dans les eaux usées belges. Dans 17 stations d’épuration situées dans les grands centres urbains des trois régions, les scientifiques ont analysé les traces d’utilisation de huit drogues différentes. Les prélèvements réalisés en mars 2025 révèlent notamment une utilisation généralisée de la cocaïne en Belgique, retrouvée dans toutes les stations ainsi qu’une utilisation large de la kétamine et la MDMA dans toutes les régions du pays.

Tout ce qui est consommé ou présent dans notre organisme est également évacué par notre corps et traçable dans les eaux usées. Qu’il s’agisse de détecter des virus, des médicaments ou comme ici, des drogues, l’analyse de nos eaux usées est un précieux indicateur de leur circulation.

L’ampleur de cette étude est inédite pour Sciensano, tant par le nombre de stations d’épuration où des échantillons ont été analysés et leur répartition sur tout le territoire que par le nombre de drogues incluses. Jusqu’ici, les mesures ciblaient principalement les stations de Bruxelles-Nord et Anvers-Sud.

Cette analyse nationale belge complète une étude similaire réalisée par l’Agence européenne des drogues (EUDA) dans plusieurs villes européennes.

Huit types de drogues ont été analysés par l’Institut belge de Santé publique Sciensano. Le cannabis et les opioïdes n’ont pas été inclus dans l’étude.

Les échantillons ont été prélevés entre le 24 mars et le 30 mars 2025. Ils ont été analysés par le Centre toxicologique de l’Université d’Anvers.

La cocaïne, la MDMA et la kétamine sont, d’après les analyses, largement consommées dans toutes les régions du pays. La consommation d’amphétamines et plus limitée et celle de méthamphétamines est plus rare. Selon les jours d’analyses, Sciensano a constaté des variations dans les concentrations mesurées, ce qui permet d’établir un lien entre la cocaïne et la MDMA et leur consommation dans les lieux de vie nocturne, ce qui n’est pas le cas pour l’amphétamine et la kétamine.

La consommation de crack pour être également détectée dans toutes les régions du pays – et pas spécifiquement et essentiellement à Bruxelles – et "nécessite une attention particulière" dans les politiques de la consommation de drogues, étant donné sa visibilité accrue et des risques associés pour la santé.

Voici les principaux résultats accompagnés de quelques définitions de ces drogues fournies par Infordrogues.

Dans tout le pays : cocaïne, MDMA et kétamine

C’est vraiment une preuve scientifique. Ce qu’on détecte, c’est vraiment ce qui est là.

Maarten Degreef, expert drogues à Sciensano, a participé à l'interprétation des résultats des analyses. Il insiste sur le fait que les eaux usées, contrairement aux déclarations d’usagers, ne souffrent pas de biais : "Il n’y a pas de problème avec des personnes qui mentent ou qui ne savent pas ce qu’elles ont utilisé." En somme, les eaux usées ne mentent pas.

1. La cocaïne : c’est le stimulant le plus consommé par la population générale. Elle est consommée dans tout le pays et a été détectée dans les échantillons provenant de toutes les villes incluses, y compris à Arlon ou Marche-en-Famenne (avec des records dans ces villes durant le week-end). La plus grande concentration journalière moyenne par millier d’habitants a cependant été mesurée dans la station d’épuration d’Anvers-Sud, Bruxelles-Nord occupant la 2e place. Les concentrations les plus élevées ont été généralement détectées durant le week-end, ce qui, dit Sciensano, confirme la popularité de la cocaïne dans les lieux de vie nocturne.

La cocaïne est extraite des feuilles de coca, une plante d’Amérique du Sud. Elle augmente la vigilance et la concentration durant une période courte, suivie d’une période de "down". Contrairement au crack qui prend la forme de petits cristaux, la cocaïne se présente généralement sous forme de poudre.

2. La MDMA (xtc) : les analyses montrent qu’elle est consommée dans tout le pays. Comme la cocaïne, la MDMA a été détectée dans tous les échantillons provenant de toutes les stations d'épuration incluses. Cependant, il existe des différences régionales : cette drogue est plus présente en Flandre et à Bruxellesqu’en Wallonie. Sa consommation est également plutôt associée aux lieux de vie nocturne (week-end).

La MDMA molécule est le principe actif de l’ecstasy, une drogue synthétique aux effets stimulants et associée généralement à un contexte "festif".

3. La kétamine : elle aussi est consommée dans tout le pays. Des biomarqueurs de sa consommation ont été trouvés dans toutes les stations d’épuration sauf celle qui dessert la ville de Marche-en-Famenne. Sciensano souligne sa grande disponibilité sur le territoire et "l’urgence d’adapter les interventions sanitaires à une large population cible […] et de se concentrer sur les raisons pour lesquelles la kétamine a gagné en popularité en si peu de temps."

La kétamine est un anesthésiant rapide et puissant utilisé en médecine humaine et vétérinaire, et détournée de son usage médical sous forme de drogue qui peut entraîner un état dit "dissociatif", soit l’impression d’être déconnecté de son corps.

Des drogues à variations régionales

4. L’amphétamine (speed) : elle est consommée dans tout le pays, mais comme pour la MDMA, il existe des variations régionales. Les concentrations sont plus élevées en Flandre (surtout à Hasselt et Anvers-Sud) que dans le reste du pays. Sciensano avance deux pistes d’explication : une plus grande disponibilité des amphétamines en Flandre, étant donné que les deux tiers des laboratoires de drogue saisis en Belgique étaient situés dans les provinces du Limbourg et d’Anvers, et un lien avec le marché néerlandais de la drogue. Les analyses montrent une consommation dans le cadre de la vie nocturne, avec un pic dans les villes à forte population étudiante le vendredi (Gand, Bruxelles, Louvain) mais qui ne s’y limite pas et qui s’avère régulière.

Les amphétamines sont des psychostimulants produits en laboratoire et fortement associés à la vie nocturne.

5. Le crack : les biomarqueurs de sa consommation ont été détectés dans 11 des 17 stations d’épuration échantillonnées, principalement à Anvers-Sud. Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer auparavant, explique Sciensano, les valeurs les plus élevées n’ont pas été observées dans la Région de Bruxelles-Capitale dont les deux stations d’épuration n’occupent que la 5e et 8e place. Bruxelles ne serait donc pas l’épicentre de la consommation de crack, bien que cette drogue ait été au cœur de l’attention médiatique.

Le crack est une préparation purifiée produite en dissolvant de la cocaïne en poudre dans un mélange contenant du bicarbonate de soude ou de l’ammoniaque et qui se présente sous forme de cristaux blanchâtres.

6. La méthamphétamine : sa consommation a été observée dans toute la Flandre et la région de Bruxelles-capitale. Aucun échantillon n’a été testé positif dans les stations d’épuration wallonnes. Sciensano avance le même type d’explication pour cette différence régionale : un nombre de laboratoires de drogue saisis plus nombreux en Flandre. Hormis les sites d’Anvers-Sud et Bruxelles-Nord, la consommation de méthamphétamine reste limitée en Belgique.

La méthamphétamine est un stimulant est très utilisé dans les pratiques de chemsex, les relations sexuelles sous imprégnation de drogue. Il appartient aussi à la famille des amphétamines mais est bien plus puissant.

L’absent à surveiller

7. Les cathinones de synthèse (3-MMC et 4-MMC ou méphédrone) : les résultats d’analyse montrent que ces drogues synthétiques aux effets similaires à ceux de l’amphétamine ne circulent guère sur le marché belge. Seule l’une d’elles (la 4-MMC) a été détectée et seulement dans deux stations d’épuration flamandes (Gand et Harelbeke).

Cependant, ces cathinones de synthèse représentent tout de même 5% de toutes les saisies de drogues en Belgique et 5% des contacts sur les drogues illicites avec des organismes comme le Centre antipoison belge, précise le rapport.

Ces deux types de drogues stimulantes font partie des produits les plus utilisés pour le chemsex. Cette famille de substance de synthèse dérivée d’un des principes psychoactifs du khat (la cathinone) imite plus les effets de la cocaïne, de la MDMA/ecstasy et des amphétamines.

"C’est vraiment complémentaire aux autres sources de données", conclut Maarten Degreef, expert drogues à Sciensano. "Cela confirme ce à quoi on s’attendait, mais cela aide aussi à mieux comprendre des phénomènes, par exemple, la méthamphétamine. Cela permet aussi pour la cocaïne ou le crack de sortir de l’idée que c’est surtout consommé à Bruxelles, alors que c’est généralisé."

Sciensano insiste, en conclusion, sur la nécessité de mener des campagnes de surveillance répétées tout au long de l’année, étant donné la disparition et (ré) apparition rapide de substances sur les marchés de la drogue.

La répétition permettrait selon l’institut d’effectuer des comparaisons sur plusieurs années, d’identifier rapidement les tendances et d’établir des comparaisons internationales.

Auteur: Rtbf.be
Publié le: Mercredi 11 Mars 2026

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