Dans « Les jours d’après », l’ancien footballeur Steve Mandanda raconte la petite mort du sportif
Champion du monde 2018 avec l’équipe de France et recordman du nombre de matches joués avec l’OM, Steve Mandanda a pris sa retraite il y a un. La fin d’une vie.
« Je suis passé de 25 ans d’un quotidien chronométré à… rien. Ni horaires, ni rythme. La sensation de vide est abyssale. » Steve Mandanda a 41 ans. Gardien de but, il a remporté la Coupe du monde de football en 2018 avec l’équipe de France, et a marqué l’histoire de l’Olympique de Marseille dont il a porté plus de 600 fois le maillot, un record. Puis un jour, tout s’est arrêté : il a pris sa retraite, et vécu « une petite mort ». Pour raconter ce vertige et comprendre où la fin a vraiment commencé, il publie un livre ce mercredi 13 mai aux éditions Flammarion.
Écrit avec l’aide du journaliste de Ouest France Mathieu Coureau, Steve Mandanda y chronique à la façon d’un journal de bord Les Jours d’après la fin de sa carrière, à l’été 2025. Un carnet sincère et touchant où l’enfant d’Évreux relate ses journées à scroller sans objectif sur « l’aile gauche du canapé », l’envie de garder la forme, de voir son fils Sacha (né en 2009) vivre lui aussi son rêve de foot. Comment, aussi, il remonte « en faisant » après avoir touché le fond.
Le sujet de la retraite est un tabou chez de nombreux sportifs professionnels. Quelques élus restent dans la lumière en devenant consultants à la télé, d’autres vivent des secondes carrières plus ou moins fructueuses comme entraîneurs. Mais l’immense majorité sombrent dans l’oubli, assaillis par les souvenirs de trophées et de chants à leur gloire.
« La pente était descendante, crépusculaire sans doute, mais jamais je n’aurais imaginé arrêter tout court… » Pour Steve Mandanda, la fin est arrivée subrepticement. Au sein d’un Stade rennais en galère sportive, alors qu’il a soufflé ses 40 bougies, vient la lassitude. Il ne se trouve « pas bon, pas dedans, fatigué mentalement ». Pour la première fois, il demande à ne pas jouer un match. Puis un remplaçant est recruté, et on lui annonce qu’il ne sera pas conservé la saison suivante. Heureusement, il accepte de rentrer quelques minutes lors d’un Marseille-Rennes, en mai 2025. Le public devant lequel il a tant brillé lui fait un triomphe. Il ne le sait pas, mais ce seront ses dernières minutes sur un terrain en tant que footballeur professionnel.
Pendant l’été, sur une feuille de papier, il se pose la question de continuer, dresse les pour et les contre alors que de nombreux clubs le désirent (Lens, Lorient, Le Havre, Montpellier, Guingamp, l’Arabie saoudite…). Trop loin, trop de route, niveau trop faible, il trouve toujours une excuse. La petite mort est là. « Voilà deux mois que je ne suis plus footballeur, que je tourne en rond, que j’attends quelque chose sans savoir quoi… »
Lui qui a commencé le foot avec les pros du Havre quand il n’était que lycéen n’a jamais connu cette vie sans cadre. « Un rien brise la mécanique implacable du quotidien qui était le mien depuis 25 ans. » Il le vit mal. « Ça ne va pas. Je ne fais rien, strictement rien. Si, j’ai joué au padel ce matin avec un copain du padel. Puis il est parti bosser. Il a un métier, lui. » Ça aurait été plus simple de raccrocher à cause de problèmes physiques. « Je vais devenir quoi ? Je fais quoi de ma vie, de mes jours ? Je m’enfonce en silence. »

Steve Mandanda, ici en février 2024 au cours d’un match de coupe d’Europe avec Rennes, revient dans un livre sur sa retraite sportive, vécue comme une « petite mort ».
Il y a ce moment lunaire du rendez-vous avec France Travail. Il tombe sur une jeune conseillère bienveillante, qui sourit quand il dit vouloir rester dans le foot, lui répondant que c’est « assez large ». Et la réalisation, après avoir raccroché : « Je suis désormais chômeur. » L’ancien gardien n’a plus de but. « Je crois que je suis malheureux. En tout cas perdu, je n’ai plus de repère, plus mes deux poteaux, plus le vestiaire, le brassard, les coéquipiers… »
Puis un jour, au début de l’automne, le déclic : « Faut que je fasse quelque chose. » Un échange avec un copain du Havre qui lui aussi a rencontré la petite mort, une nouvelle routine à imaginer même si elle n’est pas enivrante, du sport aussi pour ce compétiteur qui refuse de se laisser aller. Et la candidature acceptée au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges avec de nouveaux défis : l’ordinateur à maîtriser, le prof d’anglais à trouver. Les semaines reprennent forme, et Steve Mandanda « avance » de nouveau acceptant être au milieu d’un « deuil ».
Une fin qu’il officialise d’ailleurs le 10 septembre 2025, dans les colonnes de L’Équipe. « Je l’ai fait assez sereinement. J’ai bien fait de prendre le temps. J’ai attendu d’être en paix avec moi-même, sinon ma langue aurait peut-être fourché. » Il est retraité, le monde du ballon rond le sait, Emmanuel Macron le félicite et lui se réjouit que son nom n’apparaisse plus dans les bons coups à faire sur le marché des transferts.
Jamais vraiment loin du sport ou du foot, il fait la découverte des plateaux de Canal+ (une aventure enrichissante qu’il ne poursuivra toutefois pas), dispute des tournois de padel au côté d’autres glorieux anciens, retrouve le chemin de l'école avec sa formation à Limoges, y croise la route d’autres jeunes retraités un peu paumés, toujours ravis. « Ma vie est en train de changer, j’entre dans l’après, le “vrai” après. Ça ne me déplaît pas. » Il retrouve le goût des gens, des rencontres, des retrouvailles avec les amis footeux. La vie d’adulte, des gens normaux. Avec des hauts et des bas, des rechutes et de l’exaltation, des doutes et des aspirations. Le récit d’une année passée à tout désapprendre et à accepter la fin d’une ère, pour mieux repartir et en débuter une nouvelle.
Steve Mandanda sort ce mercredi 13 mai « Les jours d’après », un livre écrit comme un journal de bord dans lequel il raconte « la petite mort » qu’est la retraite du sportif.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.