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Arrêté par l'ICE lors d'un match de la FIFA, un père de famille met en garde les supporters immigrés

Auteur: france24

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Arrêté par l'ICE lors d'un match de la FIFA, un père de famille met en garde les supporters immigrés

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Manuel*, demandeur d'asile latino-américain, a été arrêté lors d'un match de la FIFA au MetLife Stadium l'été dernier et a dû quitter les États-Unis après onze semaines de détention, laissant derrière lui sa femme et ses fils. Alors que la finale de la Coupe du monde 2026 se tiendra dans ce même stade en juillet, son histoire illustre les risques que font peser les opérations de l'ICE sur les supporters immigrés.

Il pensait que ce serait le plus beau jour de l'année, qu'il allait faire la surprise de leur vie à ses fils. En cet après-midi de l'été 2025, Manuel* conduit deux de ses enfants au MetLife Stadium d'East Rutherford, dans le New Jersey, pour assister à la finale de la Coupe du monde des clubs de la FIFA entre le PSG et Chelsea. Pour que ces souvenirs restent gravés à jamais, Manuel sort alors un petit drone de loisir sur le parking du stade. 

Il ne parvient pas à le faire décoller. "Honnêtement, quand j'ai essayé, un point rouge s’est affiché", détaille-t-il. Manuel ignore alors qu'il se trouve dans une zone d'interdiction de vol. En quelques secondes, les forces de l’ordre l’encerclent.

Le jeune père de famille l'assure, il ne savait pas que le président américain Donald Trump assistait au match ce jour-là, ni que le dispositif de son équipe de sécurité rapprochée avait transformé le ciel au-dessus du MetLife en zone d'exclusion aérienne.

"Ils m'ont dit que c’étaient des agents du Secret Service, en charge de la sécurité du président", raconte-t-il.

Le père de famille n'a pas le temps de dire au revoir à ses fils. Santiago*, le cadet, était sur le parking quand les agents ont cerné son père. Il se souvient avoir été violemment bousculé par les forces de l’ordre. "Ils ne me laissaient pas m'approcher de lui", dit Manuel, la voix tendue. "Ils ont poussé mes enfants comme si c’étaient des ordures". 

"Je n'ai rien fait de mal"

Manuel est ensuite conduit dans un bureau à l'intérieur du stade, où l'on vérifie son identité. "Ils m'ont d'abord assuré qu'ils allaient juste me donner une contravention et me laisser partir", continue-t-il. 

C'est alors que le couperet tombe. Manuel était entré aux États-Unis en tant que demandeur d'asile en 2022, mais sa demande avait été annulée un mois seulement avant le match en raison des nouvelles règles imposées par l'administration Trump en matière d'immigration. 

"Nous n'avons reçu aucune lettre, aucun email, aucun avertissement de la part de notre avocat. Rien", explique son épouse Maria*. Elle conserve, méticuleusement classé dans un dossier chez elle, l'ensemble des documents d'immigration de la famille.

"Ils ne lui ont pas permis d'appeler son avocat, ils ne lui ont pas accordé de droits de la défense. Ils l'ont forcé à signer un document qu'il ne comprenait pas", poursuit Maria.

"Ils m'ont dit que mon dossier avait été clos et qu'ils allaient me placer en détention. Une femme qui se présentait comme agent du FBI m'a alors remis à l'ICE”, raconte Manuel. "Et puis ils m'ont mis dans un van."

"J'ai imploré les agents", poursuit-il. "Je leur ai dit que je n'ai rien fait de mal".

Le cas de Manuel n'est pas isolé. Selon Human Rights Watch, 167 000 personnes ont été arrêtées par les services de l'immigration dans les onze villes hôtes de la Coupe du monde entre janvier et mars de cette année seulement. Certaines ont été expulsées sans recours juridique.

Minky Worden, directrice des programmes internationaux de Human Rights Watch, estime que cette combinaison entre la passion des personnes issues de l’immigration pour le football et le durcissement des contrôles sur le sol américain est dangereuse . "Qu’ils fassent en sorte que la Coupe du monde soit un événement sûr, c'est très bien", dit-elle. "Mais ce qui inquiète les gens, c'est l'ICE qui sépare les familles. On craint que certains dispositifs n'aient pas pour objectif de protéger les supporters, mais plutôt de les viser en fonction de leur statut migratoire".

Onze semaines en centre de détention

Manuel est ensuite transféré à Delaney Hall, un centre de rétention du New Jersey, géré par une entreprise privée. Il y passe onze semaines.

L'établissement est depuis devenu l'un des centres de détention les plus scrutés du pays. Près de 300 détenus ont signé une lettre en mai, décrivant des conditions qu'ils qualifient d'"abominables", avant de lancer une grève de la faim. 

Selon l'ACLU du New Jersey, l'ICE a répondu en aspergeant de gaz poivré des détenus à l'intérieur du centre et des proches qui manifestaient à l'extérieur, ainsi qu'en agressant des journalistes.

Manuel confie à France 24 que certains gardiens semblaient "ivres ou drogués" et que le centre servait parfois une nourriture si froide qu'"on aurait dit manger une glace plutôt qu'un repas chaud".

Le père de famille se cache aujourd'hui dans un pays d'Amérique latine. Son épouse Maria explique que la famille a fui le continent pour chercher refuge aux États-Unis après avoir été pourchassée par un groupe armé qui les menaçait de mort.

"Le comportement de votre fils a changé"

Près d'un an plus tard, les garçons ne parlent à leur père que par appel vidéo. Chaque soir, Manuel chante "Los Pollitos", une comptine en espagnol, par FaceTime, tandis que le benjamin Julio* enfouit sa tête dans le cou de Maria, les jambes nouées autour de sa taille. 

"Il me manque énormément", confie Sebastián*, l'aîné baissant les yeux et souriant timidement. "On cuisinait ensemble, il blaguait et jouait avec nous".

Au domicile familial, la situation est critique. Le premier signe vient d'un mot de la maîtresse de Santiago*, le cadet des garçons, adressé à Maria quelques semaines après l'arrestation.

"Le comportement de votre fils a soudainement changé. Il venait en classe heureux et avide d'apprendre, mais désormais, il est tout le temps de mauvaise humeur et a perdu tout intérêt. J'espère que tout va bien à la maison ?"

Maria tient entre ses mains une lettre envoyée par l'école au sujet de son fils après que son père a été emmené par l'ICE

Maria tient entre ses mains une lettre envoyée par l'école au sujet de son fils après que son père a été emmené par l'ICE. © Jessica Le Masurier, France 24

Pour tenir, Maria entretient un petit autel chez elle : une statue de Jésus, des photos de famille, des trophées de football des garçons. Elle y prie matin et soir, lisant le psaume 91 : "Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour."

"Ce passage parle de famille", explique Maria, "et de trouver refuge dans les moments les plus sombres". Elle aussi souffre de l'absence de son mari. Ils sont ensemble depuis le collège.

Manuel ne peut pas rentrer chez lui. En Amérique latine, il est confiné dans un appartement, sans compte bancaire, et plus rien à son nom : tout ce qui est traçable pourrait alerter le groupe armé qui avait contraint sa famille à fuir. Sa femme lui envoie de l'argent depuis les États-Unis. Il sort à peine de sa cache.

Sa famille ne peut pas le rejoindre non plus. Julio, autiste, bénéficie aux États-Unis d'un suivi scolaire spécialisé qu'il ne trouverait pas en Amérique latine selon ses parents. "Aux États-Unis, mon fils progresse, les écoles nous ont appris tant de choses", dit Manuel. "Ici, on nous dirait juste : il est malade, ramenez-le à la maison".

La lettre du dernier espoir

Maria a par ailleurs écrit une lettre au président Donald Trump. Elle la garde pliée parmi ses documents, entre les demandes de résidence, le permis de travail et chaque papier qu'on lui a jamais remis sur le sol américain.

\"Nous comprenons, Monsieur le Président, vos préoccupations concernant la sécurité des États-Unis, et nous respectons vos efforts pour protéger cette nation et ses citoyens", écrit-elle. "En tant que parents, nous vous demandons de considérer notre situation avec compassion. Laissez notre famille être à nouveau réunie. Nous sommes simplement des êtres humains qui, comme vous, aiment leur famille et veulent vivre en paix et en sécurité."

Sandra l'assure, elle a payé ses impôts chaque année depuis son arrivée sur le sol américain, sans jamais solliciter d'aide de l'État, et allant même jusqu’à refuser les allocations auxquelles leur fils autiste aurait pu prétendre, de peur que cela ne pèse sur leur dossier. "Ils disent qu'ils n'expulsent que des criminels", dit Manuel. "Nous n'avons jamais rien fait de mal."

"Même si je le pouvais, je n'irais pas"

Le père de famille ne sera pas au MetLife pour la finale de la Coupe du monde 2026. Il regardera la compétition séparé de sa femme et de ses fils.

"Même si je pouvais rentrer aux États-Unis demain et aller à un match, je n'irais pas", dit-il. "Et je le déconseille aux autres aussi. On ne sait pas ce qui peut arriver. Ils peuvent vous arrêter dans le parking. Ils peuvent vous arrêter sur la route en allant au stade. Je ne prendrais pas ce risque."

*Les prénoms ont été modifiés pour protéger l'identité de la famille.

Contactées, ni la FIFA ni la police du New Jersey n’ont répondu à nos questions avant publication.

Auteur: france24
Publié le: Samedi 13 Juin 2026

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