Des millions de dollars en billets, emballés sous plastique et livrés à l'Irak par avion-cargo: pourquoi les États-Unis expédient encore des cargaisons d'argent à Bagdad
Les États-Unis ont repris les livraisons de dollars en espèces à l'Irak, suspendues pour faire pression sur Bagdad face aux milices pro-iraniennes, dans un geste de soutien au nouveau Premier ministre avant sa visite à Washington et pour renforcer la coopération économique entre les deux pays.
Les États-Unis ont relancé les livraisons de liquidités à l'Irak après une interruption, un signal de soutien au nouveau Premier ministre, attendu à Washington mi-juillet, a annoncé ce jeudi un porte-parole du gouvernement irakien.
Washington les avait suspendues plus tôt cette année pour pousser Bagdad à démanteler les groupes armés pro-iraniens présents sur son sol, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, en complément d'autres sanctions.
Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale (Fed) de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.
Avec ce système, les paiements sont versés sur des comptes libellés en dollars aux États-Unis, qui sont ensuite utilisés pour régler des importations par l'Irak ou transférés en espèces vers Bagdad.
En mai, un haut responsable du département d'État américain avait averti que les livraisons de dollars ne reprendraient pas avant que des "actions concrètes" aient été prises par le pouvoir irakien pour prendre ses distances avec les factions pro-iraniennes.
La logistique de ces livraisons repose sur un dispositif mis en place après l'invasion américaine de 2003, comme l'explique ce document du congrès américain sur les transferts de fonds.
Après le dépôt sur les comptes de la Fed de New York, une partie de ces fonds doit être convertie en numéraire, les autorités américaines autorisent l'émission de billets physiques de dollars, qui sont conditionnés dans des "cash packs" de la Réserve fédérale, des briques de 16.000 billets emballées sous plastique, qui sont ensuite placés sur des palettes puis expédiés par avion-cargo vers la Banque centrale d'Irak à Bagdad.
Les vols sont affrétés par le gouvernement irakien et la Réserve fédérale peut, sur instruction du département du Trésor américain, annuler ou retarder un envoi: en 2026, une cargaison d'environ 500 millions de dollars a ainsi été bloquée avant de pouvoir quitter les États-Unis, comme l'explique le Wall street journal.
Une fois arrivés à Bagdad, les billets sont intégrés aux réserves de la Banque centrale, puis redistribués aux banques commerciales afin d'alimenter les besoins de l'économie irakienne, encore largement fondée sur les paiements en espèces.
Historiquement, ces expéditions ont représenté des volumes considérables. Selon un rapport présenté devant le Congrès américain, au milieu des années 2000, on recensait l'acheminement de 281 millions de billets, répartis sur 484 palettes pour un poids total de 363 tonnes, illustrant l'ampleur logistique de ce pont aérien monétaire.
Washington avait cessé ces livraisons, se plaignant d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les États-Unis et sa proximité avec Téhéran.
Les autorités irakiennes avaient de leur côté minimisé le problème, expliquant l'arrêt des versements par la fermeture de l'espace aérien et la situation sécuritaire.
Les "livraisons ont repris il y a un certain temps", a déclaré ce jeudi le porte-parole du gouvernement Haidar al-Aboudi à l'AFP, qualifiant la nouvelle de "signe positif" en amont de la visite du Premier ministre Ali al-Zaidi à Washington.
"Nous l'envisageons sous l'angle de la coopération, de la coordination et du partenariat", a-t-il souligné, en particulier sur le plan économique.
Le nouveau dirigeant, désigné en avril avec la bénédiction des États-Unis, s'est engagé à garantir le monopole de l'État sur les armes et a exhorté les groupes armés à remettre leur artillerie aux autorités.
Au cours de sa visite à Washington, la première à l'étranger depuis sa prise de poste, il espère renforcer les investissements américains dans son pays, dont l'économie a été lourdement affectée par la guerre.
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