La Turquie sous le choc après deux fusillades survenues dans des écoles
La Turquie a enterré, jeudi 16 avril, les victimes de la fusillade de l'école de Kahramanmaras, dans le sud du pays. Huit élèves, âgés de 10 à 11 ans, et une enseignante ont été tués la veille par un adolescent armé. Mardi, une autre fusillade avait eu lieu dans un établissement à Sanliurfa, faisant 16 blessés. Les deux auteurs présumés se seraient ensuite donnés la mort. Ces drames, rares dans le pays, interrogent sur l'état de la société.
L'auteur présumé de la fusillade de Kahramanmaras était un adolescent de 14 ans qui, selon la police turque, avait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, un Américain auteur d'une tuerie de masse en 2014 sur le campus de Santa Barbara, en Californie.
Selon des documents trouvés dans son ordinateur, le jeune avait prémédité son acte. Mais on ne sait rien pour l'instant de ses motifs. Son père, un ancien inspecteur de police, a été arrêté pour être interrogé. Ce genre de drame est rare dans le pays, mais les violences scolaires ont augmenté ces dernières années en Turquie.
Plusieurs attaques contre des professeurs ou des cas de harcèlement d'élèves ont été révélés dans la presse, constate Jean Marcou, professeur émérite à Sciences Po Grenoble, qui établit un parallèle avec des événements similaires en Europe ou aux États-Unis. Les syndicats enseignants, qui ont réuni 3 500 personnes dans les rues d'Ankara ce 16 avril, ont dénoncé ce climat de violences à l'école et l'inertie des autorités. Ils ont aussi réclamé la démission du ministre de l'Éducation.
Ces drames interviennent aussi dans un climat social et politique tendu en Turquie. « Il existe une tradition de violences politiques où on assiste fréquemment à des rixes entre parlementaires et un climat de polarisation sociale intense parce que la situation économique s'est dégradée », explique Didier Billion, directeur adjoint de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).
La question des armes est aussi problématique. « Il y a un grand nombre d'armes en circulation, particulièrement dans le sud du pays, note Jean Marcou. On le voit notamment lors des campagnes électorales. Il y a des blessés et des tués, des familles aussi qui s'entretuent. »
Concernant la tuerie de Kahramanmaras, la police turque se dirige pour l'instant vers la piste d'un acte isolé, semblant écarter la piste terroriste. Pourtant, 162 personnes ont été arrêtées et plus de 1 000 comptes de réseaux sociaux bloqués, ont annoncé les autorités.
« De nombreux comptes ont été identifiés comme ayant [...] diffusé des contenus susceptibles de semer la peur, l'anxiété et la panique au sein de la population, propagé publiquement des informations trompeuses et fait l'apologie du crime et des criminels », explique le ministre de la Justice, Akin Gurlek, sur X.
Cette vague d'arrestations immédiate s'explique par la nature « liberticide du régime qui ne respecte pas l'État de droit », analyse Didier Billion, qui rappelle le nombre conséquent d'arrestations d'opposants politiques et de journalistes ces dernières années. « Dans ce cadre-là, il y a une attention très particulière des autorités vis-à-vis des réseaux sociaux qui ne sont pas contrôlables comme les médias traditionnels qui, eux, sont dans leur majorité contrôlés par le pouvoir. Les réseaux sont donc non seulement surveillés, mais les personnes qui posteraient des messages considérés comme désobligeants ou par trop critiques sont également arrêtées », insiste-t-il.
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