Au Mali, Assimi Goïta veut encadrer l’usage des drones civils pour contrer leur détournement par les jihadistes
Confronté à la prolifération d’engins utilisés par les groupes terroristes, le gouvernement malien a adopté, le 16 janvier, un projet de décret visant à réglementer leur usage civil. Une réponse sécuritaire à la guerre des drones qui ne cesse de s’amplifier au Sahel.
Les faits. « Les drones civils, de plus en plus performants, accessibles au grand public et à bas coût, peuvent être détournés de leur usage et servir à commettre des attaques terroristes, réaliser des surveillances illicites ou transporter des charges explosives ou chimiques », peut-on lire dans le projet de décret adopté par le gouvernement malien lors du Conseil des ministres du 16 janvier.
Son objectif ? Encadrer l’utilisation des drones civils et de leurs accessoires sur l’ensemble du territoire national. Le texte, présenté par le ministre de la Sécurité, le général de division Daoud Aly Mohammedine, entend réglementer l’acquisition, l’utilisation et la circulation de ces appareils de plus en plus répandus au Mali. Le texte se veut « une réponse adaptée aux enjeux techniques, sécuritaires et éthiques » posés par la démocratisation rapide de ces technologies.
Le contexte. L’instauration future de ces nouvelles règles s’inscrit dans un contexte sécuritaire marqué par ce que nombre d’observateurs et de spécialistes qualifient désormais de « guerre des drones » au Sahel, comme l’expliquait Jeune Afrique en septembre dernier. Confrontées depuis plus d’une décennie à une guerre asymétrique, les Forces armées maliennes (Fama) ont renforcé leur arsenal avec de nombreux drones militaires sophistiqués, majoritairement de fabrication turque.
Ces équipements leur ont permis de prendre un avantage opérationnel face à des groupes jihadistes capables de frapper rapidement et de se fondre dans la population. Les drones offrent notamment la possibilité de surveiller d’immenses zones désertiques et de mener des frappes sans exposer directement la vie des soldats.
Mais les groupes armés, jihadistes et rebelles, ont eux aussi de plus en plus recours à ces engins. Depuis plusieurs mois, le Front de libération de l’Azawad (FLA), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ou encore l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ont recours à des drones civils pour des missions de reconnaissance, de surveillance des positions militaires, voire pour mener des attaques ciblées. Uneévolution qui complique considérablement la lutte antiterroriste et expose aussi bien les forces armées que les populations civiles à de nouvelles menaces.
L’analyse. En cherchant à encadrer l’usage des drones civils, les autorités maliennes tentent de reprendre l’initiative sur un champ de bataille en pleine mutation technologique. Longtemps réservés aux armées, les drones sont désormais accessibles à des acteurs non étatiques, en raison notamment de la baisse des coûts et de leur disponibilité sur les marchés civils. Vendus entre 80 et 300 euros, il s’agit le plus souvent de modèles chinois – DJI, Potensic ou Holy Stone – conçus à l’origine pour la photographie ou la vidéo, mais facilement détournés à des fins militaires.
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