"Trois ans de prison", le Parlement au Ghana adopte une loi anti-LGBTQIA+ répressive
Après le durcissement législatif de plusieurs pays africains contre l'homosexualité, c'est au tour du Ghana d'adopter le 29 mai une loi punissant les relations homosexuelles jusqu'a trois ans de prison. Le projet de cette loi criminalisant la communauté LGBT+ avait déjà été adopté en février 2024. Elle doit désormais être ratifiée par le président John Mahama pour entrer en vigueur.
Le texte "sur les droits sexuels et les valeurs familiales" prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement pour une personne ayant eu des relations homosexuelles, et entre trois et cinq ans pour la "promotion, le parrainage ou le soutien intentionnel d'activités LGBT+".
Cette loi avait déjà été adoptée à l'unanimité par le parlement en février 2024, mais l'ancien président Nana Akufo-Addo, qui était en fonction jusqu'au 7 janvier 2024, n'avait pas signé le texte. L'ancien président savait qu'en faisant cela, il pouvait priver le pays de près de 3,5 milliards d'euros de financement de la Banque mondiale. C'est la sanction prévue par cette instance internationale contre les pays votant des lois discriminatoires. C'est le cas de l'Ouganda où depuis 2023, l'homosexualité est un délit passible de la peine de mort.
Selon la constitution du Ghana, les projets et propositions de loi qui ne sont pas signés par le président avant la fin d'une législature deviennent automatiquement caducs, nécessitant un nouvel examen par le nouveau parlement.
Le projet de loi a conservé ses dispositions fondamentales, mais a prévu des dérogations pour les professionnels du droit, des médias et de la santé: les avocats pourront représenter des personnes LGBT+ sans encourir de sanctions, les médias seront autorisés à traiter des questions liées à la communauté LGBT+ et les professionnels de santé pourront prodiguer des soins, offrir un accompagnement psychologique et pratiquer des interventions chirurgicales.
Au Ghana, pays conservateur très religieux à majorité chrétienne, les relations entre personnes de même sexe sont interdites par une loi datant de l'ère coloniale, mais il n'y a eu jusqu'ici aucune poursuite pour ces motifs. Les défenseurs des droits humains et plusieurs organisations internationales ont condamné ce projet de loi.
Le député qui a porté cette loi au parlement, Sam Nartey Georges, est vent debout contre les homosexuels. Ainsi déclarait-il devant la presse en février 2024 :"Regardez en Afrique, quel pays a le plus haut taux de criminalité ? L’Afrique du Sud. Pourquoi ? Parce qu’ils ont adopté l’homosexualité en pensant que c’était un facteur de croissance", n'hesitant par à utiliser de fausses informations, pour défendre son projet anti-LGBT+.
L'actuel chef de l'État, John Mahama, avait affirmé son soutien au projet de loi pendant sa campagne et après son élection.
"Je crois aux principes et aux valeurs selon lesquelles il n'existe que deux sexes : l'homme et la femme. Et que le mariage est entre un homme et une femme", avait déclaré le président élu peu après son arrivée au pouvoir.
Mais cette loi, explique un professeur de droit ghanéen pour le média d'information internet "The Conversation", rend illégales de nombreuses pratiques, comme le sexe oral qui n'est pas de l'apanage des seuls homosexuels. La communauté LGBTQ+ se voit aussi privée du droit de se marier et d'adopter des enfants.
Ces campagnes violemment anti-homosexuelles sont menées depuis des décennies par des groupes chrétiens de droite américains. La sociologue sud-africaine Haley McEwen y a consacré un livre publié en 2023, "The U.S. Christian Right and Pro-Family Politics in 21st Century Africa". Ces groupes se définissent comment étant pour la famille, mais pas n'importe quelle famille explique la chercheuse, la famille heterosexuelle et strictement monogame.
Le Congrès mondial des familles (WCF) organise ainsi des conférences dans plusieurs pays africains, notamment au Ghana en 2019. Sam Nartey George, le député ghanéen à l'origine de la loi, n'a jamais caché sa participation à ces conférences et son credo sur la famille "traditionnelle".
D'autres groupes chrétiens conservateurs américains comme Family Watch International ont le même objectif. Peu de temps après que l'Ouganda ait passé sa loi anti-homosexualité en 2023, Family Watch International et son bureau Afrique ont développé le premier forum africain inter-parlementaire sur les valeurs familiales. Des députés provenant de 23 pays africains y ont participé explique à "The Conversation" la sociologue Haley McEwen.
Le Sénégal, pays majoritairement musulman a voté mi-mars une loi doublant les peines réprimant les relations homosexuelles, punies désormais de cinq à dix ans de prison, dans un contexte marqué par une vague d'homophobie dans le pays et une série d'arrestations de personnes pour homosexualité présumée. Dans l'argumentaire du gouvernement sénégalais, ces pratiques sont importées des pays occidentaux. Un argument utilisé, explique la chercheuse Haley McEwen, par ces groupes d'influence chrétiens. Ils affirment que l’homosexualité et la diversité des genres sont des importations étrangères qui menacent les sociétés africaines.
En septembre 2025, le gouvernement burkinabè a adopté un texte prévoyant des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison pour les "auteurs de pratiques homosexuelles". Aucune loi ne visait particulièrement les personnes homosexuelles jusque-là au Burkina Faso, mais elles devaient déjà vivre discrètement dans le pays d'Afrique de l'Ouest, où l'homosexualité est souvent rejetée par la société.
Une dizaine de pays ou territoires africains prévoient des peines allant de 10 ans à la prison à perpétuité, notamment le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et la Sierra Leone. La peine de mort est appliquée en Ouganda, en Mauritanie et en Somalie.
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