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Arrivé mineur en France pour fuir des violences intra-familiales en Côte d'Ivoire Siriki, jeune cuisinier ivoirien visé par une OQTF

Auteur: infomigrants.net

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Arrivé mineur en France pour fuir des violences intra-familiales en Côte d'Ivoire Siriki, jeune cuisinier ivoirien visé par une OQTF

Arrivé mineur en France pour fuir des violences intra-familiales en Côte d'Ivoire, le jeune Siriki s'est installé à Dunkerque, dans le nord de la France, en 2019. L'apprenti cuisinier s'est déjà vu notifier deux Obligations de quitter le territoire français (OQTF), malgré l'obtention de son CAP et une intégration réussie.

"Il est toujours souriant. Sauf quand il a un problème. Comme tout le monde, ça se lit sur son visage", souffle Thibault, le patron du restaurant où travaille Siriki*. En octobre dernier, c'est plus qu'un problème que ce jeune homme a rencontré. Tout son ciel s'est assombri, menaçant de lui tomber sur la tête. L'Ivoirien de 23 ans a été visé par une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) au moment de renouveler son titre de séjour. La justice a finalement requis le réexamen de sa demande après l'intervention de son avocat, payé grâce à un élan de solidarité local.

Le jeune Africain n'a pourtant rien à se reprocher depuis son arrivée à Dunkerque (nord de la France) en 2019, alors qu'il était mineur : Siriki a décroché son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en cuisine dès 2022, multiplié les stages dans des restaurants qui manquaient de main-d'œuvre et rejoint comme apprenti l'équipe d'un établissement prestigieux, dans le cadre de son bac pro.

"Au travail, c'est quelqu'un de très gentil et de rigoureux, toujours à l'heure", confie Thibault. Une prouesse, quand on sait ce qu'il a connu avant de poser le pied en France : un chemin d'exil long de plus de 7 000 kilomètres à travers la Libye, la mer Méditerranée et les montagnes italiennes. "Je me suis rendu compte de ce que j'avais traversé seulement quand je suis arrivé", explique le jeune homme, mimant avec ses mains une tête qui explose.

"Peur de tout le monde"

Né en Côte d'Ivoire, Siriki n'a pas connu sa mère. "Mon père l'a chassée de la maison pour y accueillir une autre femme, qui m'a fait beaucoup de mal. Notamment des brûlures, dont je porte les traces sur mon corps", révèle Siriki. Ces violences le poussent à quitter son foyer dès l'adolescence pour tenter de "rejoindre d'autres membres de sa famille à Paris". Il expérimente alors le désert, où "certains tombent par manque d'eau". L'insécurité en Libye, périlleuse porte d'entrée vers l'Union européenne, qui ne fait aucun cadeau à ceux qui, comme lui, ont "pris la route". L'entraide aussi, entre camarades d'infortune : "Sur ce chemin, tout le monde est en galère. Alors on est solidaire tant qu'on peut", se souvient-il.

Après avoir traversé la mer Méditerranée, il remonte l'Italie, franchit "la montagne et les forêts" pour rallier la France par Briançon. L'Ivoirien est arrêté par la police en 2018 et pris en charge par des associations. Il a 16 ans. "J'avais peur de tout le monde", se rappelle Siriki, traumatisé par son exil. "Je pensais voir ma tante en arrivant sur le quai de la gare de Lyon, à Paris, mais personne ne m'attendait". C'est finalement à Dunkerque qu'il suit ses premiers cours de français, trouve un hébergement et s'engage dans la cuisine.

Scolarisé, mais éloigné

Surmonter toutes ces épreuves ne représente pas une "réussite" pour Siriki, qui a dû quitter son pays natal dans l'espoir d'accéder à un avenir meilleur. "Mon seul désir, c'est d'avoir une situation stable pour m'installer et fonder une famille", résume l'apprenti cuisinier. Un parcours du combattant, même en France. Dès sa majorité, Siriki a fait l'objet d'une première OQTF alors qu'il était scolarisé. "Normalement, cela n'arrive pas aux jeunes suivis par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) et engagés dans un projet professionnel", rappelle une enseignante du lycée dunkerquois de Siriki. La mesure d'éloignement est finalement levée, le jeune homme ayant continué ses études et obtenu son CAP.

L'Ivoirien poursuit sa scolarité en s'engageant dans un bac pro, décroche un contrat d'apprentissage et obtient un titre de séjour de travailleur temporaire en 2024. Mais son renouvellement est refusé en octobre dernier par la préfecture, qui assortit sa décision d'une nouvelle OQTF. "Il a eu peur. Quinze jours sont passés avant qu'il nous en parle", rembobine Thibault, son patron. "Ça l'a bouleversé. Alors on l'a aidé". Une cagnotte en ligne est lancée par l'une de ses enseignantes, la solidarité fait le reste : collègues, associations et anonymes lui permettent d'être défendu par un avocat, qui obtient en novembre un référé suspension sur l'arrêté du préfet.

"Là pour travailler"

"Le préfet avait conditionné le renouvellement de son titre de séjour à l'obtention de son bac pro, qu'il a raté de peu l'an dernier. Or, cette demande est illégale", constate l'avocat de Siriki. "Notre défense s'est principalement portée sur cette erreur de droit. Du reste, le fait d'échouer à un examen n'est pas suffisant pour refuser un titre de séjour". 

Dans l'attente d'un réexamen de sa demande, Siriki peut continuer à travailler et à préparer son bac pro, qu'il retente cette année. Tout sauf l'esprit libre. "Ces bâtons dans les roues me fatiguent. Comment peut-on s'intégrer dans ces conditions ?", s'interroge-t-il. L'une de ses enseignantes abonde : "Ces jeunes, parfois non-francophones, suivent les mêmes cours que les autres élèves en France. On leur demande d'être aussi performants qu'eux, alors que tout est plus difficile."

Sans titre de séjour, Siriki pourrait "tout perdre" alors qu'il habite, travaille et s'est "fait de très bons amis" en France. Une histoire qui rappelle un drame, celui vécu par le Guinéen Mamadou Garanké Diallo : visé par une OQTF, ce jeune apprenti boucher, bien intégré en Normandie, s'était résigné à rejoindre l'Angleterre en traversant la Manche et avait été retrouvé mort l'an dernier, près de Dunkerque.

"J'ai plus d'attache ici que dans mon pays d'origine", note Siriki. Et un patron qui compte sur lui : "Il est là pour travailler. Sa présence, c'est de la richesse, de la diversité", estime Thibault. Qui n'attend qu'une chose : la fin de ce blocage absurde, pour voir Siriki sourire à nouveau.

*Le prénom a été modifié.

Auteur: infomigrants.net
Publié le: Lundi 02 Février 2026

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