Calendar icon
Wednesday 20 May, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Ebola en RD Congo: "faible niveau de vigilance", tests défectueux... Ces erreurs qui ont retardé l'identification de l'épidémie

Auteur: tv5monde

image

Ebola en RD Congo: "faible niveau de vigilance", tests défectueux... Ces erreurs qui ont retardé l'identification de l'épidémie

🎧 Écouter l'article

L'épidémie d'Ebola qui frappe l'est de la République démocratique du Congo vient d’être déclarée "urgence de santé publique internationale" ce week-end par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle doit cette avancée à une série de défaillances dans la chaîne de détection. La souche en cause, dite Bundibugyo, n'a pour le moment, ni vaccin ni traitement à l'efficacité prouvée.

139 morts suspects et près de 600 cas probables. Ce sont les chiffres liés à Ebola, selon le bilan livré par l'OMS à la date du mercredi 20 mai 2026. Des modélisations réalisées par des chercheurs de l'Imperial College London estiment que l'épidémie "semble plus importante que ce qui est actuellement estimé, même si sa véritable ampleur reste incertaine".

Craig Spencer, médecin urgentiste et professeur de santé publique à l'Université Brown, ne s'en cache pas: "C'est un véritable chaos. Je ne pense pas que nous ayons une idée précise du nombre de cas. Il va falloir un certain temps avant que vous puissiez reconstituer tout cela", a-t-il déclaré à Reuters. Le risque épidémique en République démocratique du Congo a été jugé ce mercredi comme étant "élevé" pour l'Afrique centrale, mais "faible" au niveau mondial par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), selon laquelle l'épidémie est probablement apparue "il y a plusieurs mois".

"Un faible niveau de vigilance clinique parmi les professionnels de santé"

Une note interne de l'OMS, consultée par l'agence de presse britannique, révèle un délai qualifié de "critique" dans la détection du virus. Le premier cas connu, un agent de santé, a développé fièvre, vomissements et hémorragies avant de mourir à Bunia, capitale de l'Ituri, le 24 avril, a déclaré Samuel Roger Kamba, ministre congolais de la Santé. 

L'OMS n'a été informée d'une maladie inconnue à Mongbwalu que le 5 mai. L'épidémie n'a été officiellement annoncée que le 15 mai. Selon les documents internes consultés par Reuters, ce retard témoigne d’un "faible niveau de vigilance clinique parmi les professionnels de santé"

Des tests programmés pour la mauvaise souche

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, a pris la décision de déclarer l'urgence internationale lui-même, sans consulter de comité d'experts, une première dans l'histoire du Règlement sanitaire international.

Avant que l'alerte ne soit donnée, les morts s'accumulaient déjà à Mongbwalu. Jean-Pierre Badombo, ancien maire de la ville, a livré le tableau qu'il observait. Environ 60 à 80 décès rien qu'à Mongbwalu, avec "six, sept, huit décès par jour", selon Reuters. C'est ce rythme inédit qui a finalement poussé les autorités locales à alerter les services sanitaires.

Mais c'est une erreur de protocole qui est au cœur de ce retard de détection, révèle Reuters. Le laboratoire de Bunia ne disposait que de cartouches de test calibrées pour la souche Zaïre d'Ebola. C’est la source responsable de 15 des épidémies précédentes en RD Congo, dont celle de 2018-2020, ayant fait plus de 2.200 victimes. 

Or, l'épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo, non identifiée dans le pays depuis 2012. Le laboratoire de Bunia n’étant pas équipé pour le séquençage génétique, les tests ont donc rendu des résultats négatifs. Au lieu d’être acheminés vers les seuls laboratoires habilités à conduire ce type d’analyse, à savoir ceux de Kinshasa ou Goma, les échantillons ont alors été mis de côté. 

Le directeur de l’Institut national de recherches biomédicales du Congo, Jean-Jacques Muyembe, a pointé le manquement à Reuters. “Le réflexe aurait dû être de contacter Kinshasa et de les envoyer à notre laboratoire pour des investigations complémentaires”, a-t-il déclaré. Quand, finalement, les échantillons ont été expédiés, ils avaient été conservés à une température de 17°C au lieu des 4°C requis. Ils ont également été envoyés en microlitres au lieu de millilitres, ce qui a limité le nombre de tests réalisables.

Cette souche Bundibugyo pose aussi des des obstacles inédits à la recherche. Aurélie Wiedemann, immunologue spécialiste d'Ebola à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la décrit comme "mal connue" à l'AFP. Elle n’a été identifiée que lors de deux épidémies précédentes et elle ne bénéficie d'aucun traitement ni vaccin à l'efficacité prouvée. “On a encore un espoir, ça reste un virus Ebola, même si c'est une souche différente. Mais on part un peu à l'aveuglette”, a déclaré la spécialiste. 

La chercheuse souligne que la souche Bundibugyo "n'est semblable qu'à 65 % à Zaïre", contre laquelle a été développé le principal vaccin existant. Médecins sans frontières estime son taux de mortalité entre 25 et 40%. 

Des coupes budgétaires qui fragilisent la recherche

Les pratiques funéraires locales ont également elles-mêmes alimenté la propagation du virus avant que les autorités sanitaires ne soient alertées. Croyant que les décès avaient une origine mystique, les proches des défunts ont continué à se rassembler pour les cérémonies. “Tout le monde le touche, tout le monde fait ceci… et c'est à ce moment-là que les cas ont explosé”, a expliqué le ministre congolais de la Santé publique, de l'Hygiène et de la Prévention, Samuel Roger Kamba à Reuters. 

Mamadou Kaba Barry coordonne la réponse de l'ONG Alima sur le terrain. Selon lui, "on dit au revoir au mort, on lui fait faire un dernier bain, on l'embrasse... Ce sont des habitudes culturelles ancrées depuis des millénaires, mais c'est une difficulté"

La réponse médicale a également souffert du recul des financements internationaux. Pour Lievin Bangali, coordinateur principal de la santé pour le Comité international de secours au Congo, "des années de sous-investissement et de récentes coupes budgétaires ont gravement affaibli les services de santé dans l'est de la RDC, notamment les systèmes de surveillance des maladies, pourtant essentiels pour détecter et contenir rapidement les épidémies", a-t-il expliqué à Reuters. 

Selon lui, en Ituri, il n'y a "pratiquement aucun équipement de protection individuelle disponible". Le démantèlement de l'USAID, au début du deuxième mandat de Donald Trump, aggrave encore la situation, rapporte l'AFP. Pour Mamadou Kaba Barry, l'urgence sur le terrain est indéniable. "La diminution de l'aide a eu un impact sur la réponse. Débloquer des fonds le plus rapidement possible pourrait faire une grande différence dès aujourd'hui", a-t-il conclu.

Auteur: tv5monde
Publié le: Mercredi 20 Mai 2026

Commentaires (1)

  • image
    Dominik il y a 2 heures
    https://medium.com/@Hish82Resources/bulk-citric-acid-anhydrous-versatile-solutions-from-a-trusted-chemical-raw-materials-distributor-4b2b8b096984 I'm amazed, I have to admit. Rarely do I encoumter a blog that's equally educative and entertaining, and without a doubt, you've hit the nail on the head. The problem is something too few folks are speaking intelligently about. I am very happy I stumbled across this in my hunt for something regarding this.

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.