Côte d’Ivoire : cap sur des financements sur mesure pour sortir les foyers ruraux de la pauvreté
La lutte contre le travail des enfants en Côte d’Ivoire s’attaque désormais à sa racine économique. L’Agence de promotion de l’inclusion financière de Côte d’Ivoire (APIF-CI), en partenariat avec l’Organisation internationale du travail (OIT), a réuni à Abidjan les acteurs du secteur financier pour repenser l’offre de services destinée aux ménages ruraux, notamment dans la région de la Nawa, poumon cacaoyer du Sud-Ouest ivoirien.
Au cœur des échanges : le projet ENACTE, « Ensemble Agir sur les causes profondes du travail des enfants dans la Région de la Nawa ». Porté conjointement par l’Organisation internationale du travail, l’UNICEF et l’Organisation internationale pour les migrations, ce programme entend réduire la vulnérabilité économique des ménages cacaoyers et offrir des alternatives durables aux pratiques à risque.
L’atelier stratégique a permis de mobiliser institutions publiques, structures de microfinance et organisations de la société civile autour d’un objectif commun : lever les freins économiques qui alimentent le recours au travail des enfants dans la cacao culture. Malgré les avancées enregistrées grâce au Plan d’actions national de lutte contre le travail des enfants, les défis demeurent importants.
Pauvreté persistante, accès limité à la protection sociale, insuffisance d’emplois décents pour les adultes et les jeunes, ainsi qu’un accès restreint au crédit et à l’épargne formelle : autant de facteurs qui entretiennent un cercle vicieux dans les zones rurales.
Pour Sylvain Konan, coordinateur du projet ENACTE à l’OIT, le constat est sans appel : « L’une des causes profondes du travail des enfants, c’est la pauvreté. » Il pointe un décalage entre l’offre financière actuelle et les besoins réels des communautés rurales. « Les financements disponibles sont souvent réservés aux structures formelles. Nous voulons concevoir des produits financiers taillés à la dimension des ménages ruraux afin de les aider à rompre avec la pauvreté », a-t-il plaidé.
Même son de cloche du côté de l’APIF-CI. Son directeur par intérim, Patrice Brou, a insisté sur la nécessité d’adapter l’offre bancaire aux réalités des producteurs de cacao, confrontés à des revenus instables et aux fluctuations des cours mondiaux. L’enjeu est d’intégrer durablement ces populations dans le circuit financier formel à travers des solutions d’épargne, de crédit et d’assurance accessibles.
Si la Côte d’Ivoire affiche des progrès notables en matière d’inclusion financière — avec un taux global passé de 41 % en 2017 à 58 % en 2024, et une utilisation de la monnaie électronique atteignant 84,2 % — ces performances masquent encore des disparités. La bancarisation stricte, bien qu’en hausse à 33,6 %, reste insuffisante pour les ménages les plus vulnérables.
En misant sur des financements adaptés et une meilleure structuration des coopératives comme plateformes de services intégrés, le projet ENACTE ambitionne de transformer ces statistiques en véritables leviers de développement durable. À travers cette approche économique et structurelle, les autorités et leurs partenaires entendent consolider la protection de l’enfance tout en renforçant la résilience des communautés rurales ivoiriennes.
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