Guinée et Guinée-Bissau : Vague d'arrestations et tensions politiques exacerbées
La scène politique en Guinée et en Guinée-Bissau connaît des turbulences majeures, marquées par des arrestations d'opposants, l'attaque de sièges de partis, et la mise en place de gouvernements de transition sous haute surveillance militaire.
Guinée : L'appareil Condé dans le viseur
En Guinée, la tension politique est montée d'un cran suite à l'arrestation de plusieurs cadres du Rassemblement pour le peuple de Guinée (RPG), le parti de l'ancien président Alpha Condé.
Arrestations sans motif clair : Le parti cherche encore à établir la liste complète des interpellés, qui pourrait compter une dizaine de noms. Deux figures ont été formellement identifiées : Karinka Doumbouya (membre du comité central) et Sanassy Keita (journaliste et caméraman ayant travaillé pour Condé).
Silence des autorités : L'absence de communication officielle sur les lieux de détention et les motifs d'inculpation plonge les familles et le RPG dans l'incertitude. Cette situation renforce l'idée que le pouvoir de transition cible l'ancien appareil présidentiel, deux ans après la chute d'Alpha Condé en 2021.
Guinée-Bissau : Un pouvoir de transition sous contrôle militaire
En Guinée-Bissau, la situation est dominée par la suspension du processus électoral et l'installation d'un gouvernement provisoire par les militaires.
Le nouvel exécutif : civils et militaires
Quelques heures après l'investiture du nouveau Premier ministre, Ilidio Té Vieira, les autorités militaires ont rendu publique la composition d'un gouvernement de transition de 22 ministres et cinq secrétaires d'État.
Direction militaire : L'exécutif est dirigé par le major-général Horta N’Tam, président de la transition, et inclut trois hauts gradés de l'armée à des postes clés.
Composition mixte : Bien que la majorité soit composée de civils (dont cinq femmes à des portefeuilles importants), la présence de militaires et de plusieurs ministres reconduits de l'ancien régime (comme Carlos Pinto Pereira à la Justice) vise à projeter une image de continuité tout en affirmant le contrôle du Haut Commandement militaire.
Figure notable : La nomination de João Bernardo Vieira — neveu de l'ancien président Nino Vieira et candidat indépendant à la présidentielle avortée — au ministère des Affaires étrangères est particulièrement remarquée.
Attaques contre les partis d'opposition et arrestations
Malgré la mise en place du gouvernement, l'insécurité politique est palpable, notamment dans la rue.
Sièges de partis attaqués : Dans la matinée du samedi 29 novembre, les locaux du PAIGC (parti historique) et du PRS (soutenant Fernando Dias) ont été pris d'assaut par des hommes armés. Le personnel a été expulsé manu militari et les bureaux saccagés.
Le porte-parole du PAIGC, Mouniro Conté, dénonce un plan visant à fabriquer des accusations contre son parti en y déposant clandestinement du matériel militaire.
Arrestations :Domingos Simões Pereira (figure majeure du PAIGC et ancien Premier ministre) est toujours détenu au ministère de l'Intérieur. Des tensions ont également éclaté à Bissau, menant à l'arrestation violente de plusieurs jeunes militants du PRS, dont la localisation est inconnue. Le candidat Fernando Dias, qui revendique la victoire à l'élection interrompue, reste quant à lui caché.
La Cédéao interpellée
Face à l'escalade, la crédibilité du nouveau pouvoir militaire est mise à l'épreuve. L'arrivée de la mission de la Cédéao, initialement prévue samedi, a été reportée à lundi.
Appel à une réaction ferme : Maître Saïd Larifou, avocat de Domingos Simões Pereira, interpelle la Cédéao pour qu'elle obtienne la libération de son client. Il critique l'organisation pour son manque de cohérence, estimant qu'elle a accordé un traitement privilégié à l'ancien président Umaro Sissoco Embaló tout en laissant les soutiens du candidat qui conteste les résultats être poursuivis ou arrêtés.
L'avocat juge la situation actuelle comme une « agression grave » contre le processus démocratique et insiste sur la nécessité d'une intervention internationale pour restaurer la confiance institutionnelle.
Auteur: Ivoirematin Publié le: Dimanche 30 Novembre 2025
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