Liberia : des litiges fonciers provoquent le retour de nombreux planteurs burkinabè et ivoiriens à Taï
Le département de Taï, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, enregistre depuis plusieurs semaines un retour croissant de planteurs burkinabè et ivoiriens en provenance du Liberia. À l’origine de ce mouvement, des conflits fonciers opposant de nombreux exploitants agricoles à leurs tuteurs libériens autour du partage des plantations de café et de cacao.
Attirés ces dernières années par la disponibilité de vastes terres cultivables au Liberia, de nombreux producteurs originaires de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso avaient choisi de s’y installer pour développer des vergers de cacao. Cette migration agricole était notamment motivée par la raréfaction des terres arables dans l’Ouest ivoirien, principal bassin de production cacaoyère du pays.
Mais depuis environ trois semaines, la tendance s’est inversée. Dans les localités frontalières du département de Taï, de plus en plus de planteurs franchissent la frontière dans le sens retour, mettant fin à leur aventure agricole libérienne.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les différends trouvent leur origine dans les contrats coutumiers de type « planter-partager », largement utilisés dans les zones de production. Ces accords prévoient généralement que le planteur finance la création et l’entretien d’une plantation jusqu’à son entrée en production, avant un partage équitable du verger avec le propriétaire foncier.
Toutefois, une fois les plantations devenues rentables, certains propriétaires remettraient en cause les engagements initiaux, provoquant une multiplication des litiges.
« Nos tuteurs libériens veulent que nous continuions à entretenir leurs parcelles tout en partageant les revenus à parts égales. Ce n’était pas ce qui avait été convenu au départ. Beaucoup de planteurs, découragés, préfèrent abandonner », confie Moussa K., planteur installé au Liberia depuis trois ans.
Il affirme avoir vu récemment plusieurs dizaines de planteurs baoulé et mossi parcourir à pied près de 100 kilomètres entre Zéastan, au Liberia, et le poste-frontière de Daobly pour regagner la Côte d’Ivoire.
De retour à Taï, nombre de ces exploitants tentent de se reconstruire. Certains trouvent du travail comme ouvriers agricoles dans les plantations d’hévéa, tandis que d’autres investissent dans la réhabilitation d’anciens vergers de cacao. Une partie des rapatriés s’oriente également vers des activités génératrices de revenus telles que le commerce, le transport ou la maçonnerie.
Selon des sources locales, plusieurs producteurs auraient même choisi de détruire leurs plantations avant leur départ du Liberia, signe de la profondeur du malaise.
Face à la montée des tensions, des discussions seraient actuellement engagées entre les autorités libériennes et les détenteurs de droits fonciers afin de revoir les conditions des futurs contrats agricoles et prévenir de nouveaux conflits dans les zones de production cacaoyère.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.