Calendar icon
Thursday 08 January, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Afrique : Pourquoi parler de « crise de la démocratie » est un contresens

Auteur: Ivoirematin

image

Afrique : Pourquoi parler de « crise de la démocratie » est un contresens

Pour le politologue Achille Mbembe, le diagnostic habituel sur l'Afrique est erroné : la démocratie ne peut pas être en crise là où elle n’a jamais véritablement pris racine. Derrière les façades du multipartisme se cache une réalité plus sombre : la survie d'un modèle autoritaire hérité de la colonisation.

1. Le leurre du « multipartisme administratif »

Depuis les années 1990, la plupart des États africains ont adopté les codes de l'économie de marché et du pluralisme politique. Cependant, Mbembe affirme qu'il ne s'agit que d'un ravalement de façade.

  1. L'illusion : Le passage au multipartisme n'a pas instauré l'État de droit.
  2. La réalité : Les structures du parti unique ont simplement été maquillées. On est passé d'un autoritarisme flagrant à un « multipartisme administratif » qui maintient les mêmes dynamiques de contrôle.
  3. Les exceptions : Seuls quelques pays (Afrique du Sud, Botswana, Seychelles, Cap-Vert, et dans une moindre mesure le Sénégal ou le Ghana) affichent les traits minimaux d'une démocratie réelle.

2. De la colonisation à l’« autocolonisation »

L'analyse de Mbembe remonte aux racines du pouvoir : le système colonial. Ce dernier reposait sur la haine de soi instillée chez les colonisés. Au lieu de rompre avec ce poison, les élites postcoloniales se l'ont approprié pour instaurer un processus d'autocolonisation. Les dirigeants ne traitent pas leurs peuples comme des citoyens, mais comme des sujets occupés. Ce qui est en crise aujourd'hui, ce n'est donc pas la démocratie, mais l'efficacité de ce modèle prédateur.

3. Le triple échec des États africains

Ce système de gouvernance est incapable de répondre aux trois défis majeurs du continent :

  1. Crise de la production : Incapacité à créer des richesses pour satisfaire les besoins vitaux.
  2. Crise de la redistribution : Accaparement des ressources par une caste de prédateurs au détriment des masses.
  3. Crise de la représentation : Un fossé abyssal sépare désormais le peuple des élites politiques qui ne lui rendent aucun compte.

4. La politique comme « jeu à somme nulle »

Le modèle actuel repose sur l'économie extractive, qui détruit l'environnement et s'apparente à une économie de guerre. Dans ce contexte :

  1. La politique devient une lutte pour le contrôle de la prédation (le pillage des ressources) plutôt que de la production.
  2. C’est un combat brutal : le gagnant rafle tout, le perdant finit en prison ou en exil.
  3. Cette dynamique s'inscrit dans un mouvement mondial de recul de la solidarité, laissant place à la force brute.

5. L'espoir : l'intelligence collective contre la force

Face à ce sombre tableau, Mbembe identifie une lutte idéologique majeure entre deux camps :

  1. Les néosouverainistes : Ils croient uniquement au rapport de force et à la puissance militaire.
  2. Les coalitions sociales : Un mouvement porté par les femmes, les jeunes, les intellectuels et les activistes.

Pour Mbembe, l'enjeu est de soutenir ces sociétés civiles qui tentent d'inventer de nouvelles manières de vivre ensemble, en pariant sur l'intelligence collective plutôt que sur la brutalité.

Note de lecture : Achille Mbembe souligne que le salut de l'Afrique ne viendra pas d'une réforme de surface des institutions actuelles, mais d'une rupture profonde avec l'héritage colonial de la prédation.
Auteur: Ivoirematin
Publié le: Lundi 05 Janvier 2026

Commentaires (0)

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.