Le « blocus » américain des ports iraniens mis à l’épreuve
Six navires ont emprunté le détroit d’Ormuz, le 13 avril, jour de l’entrée en vigueur du blocus imposé par Washington, contre 14 la veille, selon les données de la plateforme de données et d’analyses Kpler. La société de sécurité privée britannique EOS Marine a elle dénombré 14 navires empruntant le passage entre le 13 avril et le 14 avril en milieu de journée, dont six sur la voie entrante et sept sur la voie sortante, presque tous liés à l’Iran ou sous sanctions.
Ces navires sont les premiers testant la réalité du blocus imposé par les États-Unis, qui ne concerne en réalité par Ormuz à proprement parler mais les ports iraniens. De ce fait, l'US Navy ne bloque pas le passage dans le détroit, dont elle est absente, mais au nord de la mer d'Arabie, afin de rester à l'écart d'éventuelles attaques des gardiens de la révolution, mais aussi et surtout de contrôler également les flux maritimes des ports iraniens situés sur le golfe d'Oman.
Les premiers navires de commerce ayant fait mouvement ont eu des comportements divers et laissant penser à des hésitations. Certains, après avoir franchi Ormuz, ont fait demi-tour dans le golfe d’Oman ou ont rejoint des ports iraniens à l’entrée en vigueur du blocus, un autre a réduit sa vitesse et changé de cap, un autre encore a modifié sa route et désactivé son système de positionnement automatique (AIS). Le site spécialisé TankerTrackers.com a observé sur des images satellites un tanker quittant le terminal pétrolier iranien de l’île de Kharg, dans le golfe Persique, tout en maquillant son système d’identification automatique (AIS) pour montrer un départ d’Arabie saoudite. Sorti du détroit d'Ormuz, se trouvant dans le golfe d'Oman, le tanker Rich Starry, sous sanctions des États-Unis, indiquait faire route vers Chine, semble-t-il déterminé à défier le blocus américain, mais il a finalement rebroussé chemin au large du port émirati de Fujaïrah.
Le commandement central des forces armées américaines (CENTCOM) a lui assuré, mardi 14 avril, qu’ « au cours des premières 24 heures, aucun navire n’a réussi à franchir le blocus et six navires marchands ont obéi aux ordres des forces américaines de faire demi-tour pour regagner un port iranien du golfe d’Oman ». Il a déclaré que « plus de 10.000 marins, marines et aviateurs américains, ainsi qu’une douzaine de bâtiments de guerre et des dizaines d’appareils, mènent actuellement une mission visant à bloquer les navires entrant et sortant des ports iraniens ». On ignore dans quel périmètre les forces des États-Unis interviendraient. Le blocus imposé au Venezuela les avaient conduites à opérer très loin, jusque dans l’Atlantique nord ou l’océan Indien, pour arraisonner des navires ayant refusé d’obtempérer.
Le blocus du détroit d’Ormuz décrété par Donald Trump a officiellement débuté à 14 heures UTC, le 13 avril. Le commandement central a indiqué dimanche 12 avril qu’il serait appliqué « aux navires de toutes les nations entrant ou sortant des ports et zones côtières de l'Iran, y compris tous les ports iraniens du golfe Persique et du golfe d'Oman. Les forces du CENTCOM ne perturberont pas la liberté de navigation des navires transitant par le détroit d'Ormuz à destination ou en provenance de ports non iraniens ». Dans une note, le 13 avril, l’agence de sécurité britannique UKMTO dit comprendre « que les détails officiels de ces mesures, y compris les dispositions d'application et les exemptions, seront publiés et mis à jour par le biais d'un avis aux navigateurs ».
Pour sa part, l’Iran, qui a paralysé en grande partie le trafic maritime en frappant des navires dans et à proximité du détroit au début de l'intervention militaire américano-israélienne, lancée le 28 février, impose un droit de péage payable en cryptomonnaies aux navires souhaitant l’emprunter. D’après Kpler, le processus comprend l’embarquement de pilotes à proximité de l’île de Larak et la vérification de la cargaison avant de poursuivre le transit. Le droit de passage s’élèverait à 1 dollar par baril pour les chargements liquides. Des restrictions s’appliquent également à certains pavillons et sociétés. Le président des États-Unis a prévenu que les navires se conformant aux exigences iraniennes seraient interceptés.
Une situation qui, de fait, entraine un arrêt quasi-total, voire total, des flux maritimes entre le Golfe et l'océan Indien. Car d'un côté Washington veut bloquer les navires venant des ports iraniens ou payant une redevance aux Iraniens pour passer Ormuz, et de l'autre Téhéran impose aux navires de transiter par le corridor longeant ses îles au nord du détroit, avec un droit de passage... Et pour obliger les armateurs à emprunter cette voie, présentée comme la seule sécurisée, ils ont affirmé en fin de semaine dernière avoir posé des mines dans le secteur. Ce qui n'est pas vérifié mais le doute pose une nouvelle fois une menace suffisante pour empêcher les armateurs de prendre le risque.
Samedi, alors que des négociations étaient organisées au Pakistan entre Américains et Iraniens suite au cessez-le-feu, débuté le 8 avril pour une période de deux semaines et toujours respecté à ce jour, deux destroyers de l'US Navy ont fait une brève incursion dans le détroit d'Ormuz. Les USS Frank E. Peterson et USS Michael Murphy, précédés selon le Pentagone de drones sous-marins chargés de détecter la présence d'éventuelles mines, ont apparemment longé les côtes omanaises à petite vitesse, avant de repartir vers la mer d'Arabie où se concentre le gros de la flotte américaine. Washington a alors parlé du début d'une opération de déminage en vue de l'ouverture d'un corridor maritime. Ce qui était surtout de la communication en pleines négociations à Islamabad. C'est suite à l'échec de cette première rencontre, la délégation américaine emmenée par le vice-président J. D. Vance repartant dès le premier round d'échanges, que Donald Trump a décidé de mettre en place un blocus. Une manière de peser sur les discussions en s'attaquant directement au commerce maritime iranien, à commencer par les exportations de pétrole. Mais cette mesure, qui a peu de chances d'avoir des effets significatifs sur Téhéran en quelques jours, continue d'alimenter la crise énergétique mondiale, en particulier en Asie. La Chine a notamment qualifié ce blocus de « dangereux et irresponsable ».
Alors que le vrai test, pour les Américains, interviendra si un navire chinois ou indien décide de forcer le barrage dans le golfe d'Oman, les États-Unis entendent mettre une pression maximale sur l'Iran et, parallèlement aux négociations, continuent de renforcer leur dispositif militaire. Un nouveau groupe aéronaval, emmené par le porte-avions USS George H. W. Bush, contourne l'Afrique pour rejoindre l'océan Indien, où va également arriver prochainement un deuxième groupe amphibie.
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