
Tout comme Marcus Garvey, Kerlande Mibel se bat pour la dignité du
peuple noir. Cependant, inversement à celui qu’on a surnommé Moses et qui
luttait pour un retour de la diaspora noire en Afrique, Kerlande œuvre pour le
développement économique des collectivités ou communautés noires, là où elles
se trouvent. A l’occasion de son premier séjour sur le continent mère,
notamment à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, nous avons
profité pour en savoir plus sur le Forum économique international des noirs
(FEIN) qui sera cette année à sa 3e édition du 15 au 17 Novembre 2019, à
Montréal, au Canada.
Entretien
Ivoirematin : Vous
êtes très dévouée à la cause des noirs mais l’on vous connaît très peu en
Afrique. Alors qui est Kerlande Mibel ?
Kerlande Mibel : Je
suis effectivement Kerlande Mibel, professionnelle du développement économique
et fondatrice du Forum économique international des noirs basé à Montréal au
Canada. Ancienne conseillère politique au cabinet du maire de Montréal, je suis
moi-même entrepreneure. J’enseigne la création et le lancement d’une
entreprise, la vente et le conseil en gestion. J’ai aussi un mandat
d’accompagnement des producteurs de café et de cacao en Haïti. Je suis très
engagée au Québec au Canada. J’ai aussi un parcours politique car mon objectif
est d’avoir un impact sur notre société.
D’où vous est venue
l’idée de créer un forum économique pour les noirs ?
Compte tenu de mon
parcours en développement économique et le constat qui est de dire,
indépendamment de toutes les intelligences qu’on a, indépendamment qu’on soit
en Côte d’Ivoire, en Haïti, à Montréal, à New York, etc. les différents membres de nos collectivités,
de nos communautés vivent dans la précarité. Aujourd’hui en 2019 ce n’est pas
normal. On a trop d’intelligences, de créativité. Indépendamment des ressources
financières, on a trop de talents pour laisser cette situation perdurer alors
qu’on a des noirs partout à travers le monde qui évoluent super bien, qui
contribuent à transformer les sociétés dans lesquelles ils vivent. Mais au sein
de nos collectivités, il n’y a pas de changement, c’est la même chose. C’est
fort de ce constat que l’idée m’est venue de réunir les entrepreneurs,
professionnels, universitaires, innovateurs sociaux issus de différentes
communautés noires du Canada et du monde. Il s’agit de se dire : « Mettons-nous
ensemble pour voir qu’est-ce que nous, citoyens, nous pouvons faire pour avoir
un impact à long terme sur nos collectivités. » Alors nous avons voulu créer
une plateforme de transfert de compétences et de recherche de solutions, d’une
part, et d’autre part de valorisation de nos talents. Ainsi est né le Forum
économique international des noirs.
Concrètement, en quoi
consiste ce Forum ?
Le forum est un think
tank (Groupe de réflexion, ndlr). Nous voulons réfléchir, mais aussi passer à
l’action, prendre des initiatives. Nous croyons dans le pouvoir du UN. Pour
nous une personne peut avoir un impact extraordinaire sur sa société. En plus
cette personne-là n’a pas à être membre du gouvernement, n’a pas à être un homme d’affaire super. Il
suffit qu’une personne le veuille pour
transformer sa société. Ce qui nous intéresse vraiment au forum économique
c’est la collectivité. Les gens riches c’est bon, mais ce que nous voulons ce
sont des collectivités qui prospèrent. Une collectivité prospère va permettre
d’avoir une diversité de gens riches. En revanche, les gens riches ne nous
emmènent pas nécessairement vers les collectivités économiquement
indépendantes. Alors chez nous il y a deux choses importantes : la personne et
la collectivité.
"Même si on est à l’extérieur, en tant que diasporas, on peut créer un espace de rassemblement pour l’ensemble des noirs. Cela ajoute d’ailleurs de la valeur à ce qu’on fait."
Quels sont les
objectifs que vous vous êtes fixés ?
L’objectif de notre
événement est d’amener les gens à passer à l’action. Pour les deux précédentes
éditions, nous avons réuni des centaines personnes. Cela consistait à aider un groupe à développer des projets
individuels versus un autre groupe à développer des projets qui auront un
impact sur la collectivité. Pour ceux qui ont des projets individuels, on leur
avait offert des écoles d’affaires. Et dans les écoles d’affaires, la
particularité, il y a des sujets évidemment, et pour chaque sujet il y a un
coach qui a réussi dans le domaine. Des personnes qui ont une réussite assurée.
Si tu veux te lancer dans les affaires par exemple on prendra M. Diagou père
par exemple. Il a fait sa démarche, il a réussi et donc tu ne peux même pas
avoir de doute par rapport à son parcours. On prend ce genre de personnes et
ils viennent passer le week-end avec nos participants pour les accompagner dans
le passage à l’action. Il y aura des
Écoles pour « lancer et croître son
entreprise » ou comment gravir les échelons, par exemple. Tu peux commencer un
emploi mais tu ne veux pas rester au même niveau toute ta vie. On invite donc
les CEO à venir partager leur stratégie de sorte que toi-même tu deviennes CEO.
Les laboratoires d’innovation économique, eux s’adressent à des personnes qui
veulent avoir un impact direct sur les collectivités.
A ce niveau quelle
est l’approche adoptée ?
Nous travaillons avec
9 enjeux qui ont été choisis par des participants d’un autre événement. Avec
ces 9 enjeux, nous utilisons une approche utilisée par Facebook, Google, soit
l’approche du « human-centered design ». L’idée est donc de mettre les gens qui
vivent l’enjeu au cœur de la recherche de solutions. Les participants
réfléchissent autour des 9 enjeux et à la fin ils doivent prototyper leurs
solutions et les présenter à l’assemblée qui choisit la solution à mettre de
l’avant. Une solution qui, si on met à petite ou grande échelle peut avoir un
impact. Une solution qu’on peut mettre en œuvre sans l’aide du gouvernement.
Etant donné que
l’Afrique est le continent des noirs, pensez-vous à y organiser une édition du
FEIN?
Oui, il y a l’idée
d’en faire un forum itinérant ou sous régional. On est parti avec l’idée de «
commence avec ce que tu as et tu évolueras au fur et à mesure ». Nous sommes en
train de bâtir des réseaux. Mais nous sommes dans la démarche de « commence
avec ce que tu as et tu grandiras au fur et à mesure ». En même temps les
diasporas sont très importantes. Même si on est à l’extérieur, en tant que
diasporas, on peut créer un espace de rassemblement pour l’ensemble des noirs.
Cela ajoute d’ailleurs de la valeur à ce qu’on fait.
C’est la première fois
que vous mettez les pieds en Afrique. Quels sont les sentiments qui vous
animent ?
Je vous rassure que je n’ai pas pleuré (rire). Mais j’aime l’Afrique. Il y a l’Afrique qu’on nous montre, qui est peut-être la vision du monde, mais qui n’est pas l’image de l’Afrique que je vois, joyeuse et optimiste. Il y a sûrement des choses comme le taux de chômage à réduire considérablement en Côte d’Ivoire comme ailleurs en Afrique subsaharienne. Sinon je suis heureuse d’être à Abidjan. J’ai eu de superbes rencontres et je constate que ce n’est pas l’Afrique stéréotypée qu’on nous montre. Ma première visite en Afrique a été superbe et surtout prometteuse !
Kerlande Mibel en compagnie de la grande chancelière Mme Henriette Dagri Diabaté
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