
Tout a commencé par une simple publication sur Twitter. Une jeune femme, qui souhaite rester anonyme, a posté sur le réseau social une photo, un selfie pris dans le miroir, en culotte et en tee-shirt. Le tout, assorti du hashtag “#JeSuisCute“. La jeune femme se trouvait très mignonne, et avait envie de partager cela avec ses abonnés. Mais à aucun moment elle ne s’attendait à un tel déferlement de haine. Insultes, menaces, moqueries… Du “slutshaming” en bonne et due forme, pour un simple cliché.
Face à cette vague de haine, elle a reçu le soutien d’une autre jeune femme, qui répond au pseudo de MannyKoshka. “Cette demoiselle a pris une rafale d’insultes, de slutshaming, de menaces qui l’ont obligé, ce jour, à quitter Twitter, nous a-t-elle confié. J’ai donc eu l’idée de reprendre sa légende #JeSuisCute pour lancer un mouvement qui se veut contre le harcèlement des femmes souhaitant disposer de leur corps comme elles le souhaitent.” Mouvement qui s’inscrit parfaitement dans l’émancipation féminine et le mouvement #MeToo, qui vise à dénoncer le harcèlement sexuel.
Des milliers de participations pour #JeSuisCute
Il suffit de cliquer sur le hashtag dédié sur Twitter et sur Instagram pour trouver des centaines et des centaines de participations. Inspirées par ce mouvement, bien décidées à être solidaires, des milliers de femmes de tous âges, toutes origines, toutes morphologie ont participé, publiant des photos parfois sages, d’autres plus osées. Maillot de bain, lingerie, nudité… On retrouve de tout, et cela impressionne MannyKoshka : “Je ne m’attendais pas à ce que le HT devienne viral. Ce fut une réelle surprise samedi. Personne n’était préparé à ce que ce soit le cas.“
Les participantes y voient un acte militant, à l’instar de Léa : “J’aime beaucoup cette réappropriation des photos dénudées comme un outil d’empowerment. Cela permet de se réapproprier son corps, d’apprendre à l’aimer et à arrêter d’en avoir honte. J’aimerais bien que cela passe aussi par une prise de conscience que la nudité n’a pas forcément a être sexuelle.” Un avis partagé par Galliane, performeuse burlesque et militante body-posi : “Participer au mouvement, c’est juste dans la continuité de ce que je fais depuis plus de 15 ans. Je fais des photos, je m’effeuille, je publie sur le nu et mon rapport au corps pour montrer que nous pouvons toutes accepter notre corps. C’est un acte féministe, c’est une façon de reprendre le contrôle de nos corps, ceux-là même qui sont industrialisés par la société“.
Ludivine Demol, chercheuse et doctorante, travaille notamment sur le thème de la sociologie de la sexualité, les études de genre et les usages du numérique. Pour cette experte : “Poster ses photos dénudées, quand on le désire, c’est en quelque sorte montrer au monde que nous n’avons besoin que de nous-même pour se trouver belle. Particulièrement dans une société où une femme ne doit pas se trouver belle sous peine d’être taxée de prétention, et où elle aurait systématiquement besoin du regard de l’autre pour que sa beauté soit “validée”.” Elle estime que ce mouvement est intéressant, car il permet de “donner une visibilité aux corps non représentés dans les médias et sortant des canons de beauté“.
1 Commentaires
Anonyme
En Août, 2018 (09:10 AM)Participer à la Discussion
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