
Le concept est né à l’orée de la présidentielle de 2015. Le président Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession, en est l’auteur. Le concept est présenté comme le soubassement de sa politique de société pour l’atteinte de l’émergence en 2020. L’idée est partagée par tous au niveau du pouvoir et de toute l’administration ivoiirenne.
« L’ivoirien nouveau » devient le maître mot dans tous les discours du chef de l’Etat, de ses ministres, du corps préfectoral, des élus RHDP jusqu’au dernier militant de la coalition au pouvoir. Les Ivoiriens dans leur ensemble sont d’accord qu’il faut sortir de certaines pratiques, certains comportements qui ont plongé le pays dans le chaos.
On oubliera même un tant soit peu « l’émergence à l’horizon 2020 » qui, durant le premier mandat du successeur de Laurent Gbagbo, était au centre de tous les discours et politiques. Quoi de plus normal ! L’ivoirien nouveau devant permettre l’atteinte de l’émergence, il mérite qu’on lui accorde toute l’attention nécessaire. Le concept de l’Ivoirien nouveau va donc accompagner le slogan de campagne du candidat du RHDP. Même ses adversaires qui pensent que la Côte d’Ivoire a besoin de changement de mentalité pour son développement ont épousé le concept, et le présente chacun à sa façon.
2015 à 2016, le concept sort de plus en plus pour disparaître presque du langage des Ivoiriens, même de ses précurseurs. La succession à Ouattara et l’avènement d’une nouvelle République et bien d'autres sujets sont devenus les nouvelles préoccupations. On se demande où il est passé, sinon ce qu’il devient.
Beaucoup avaient parié la mort de ce concept qui pour eux n’est qu’un slogan de campagne qui ne repose sur rien de concret. Ont-ils raison ? Tout porte à croire que oui. Mais à bien regarder, ce résultat était prévisible.
Amener les Ivoiriens déformés par des années de crise, devenus violents, haineux, cruels, assassins, pressés, de plus en plus corrompus, ne peut se faire par des discours, mais par des programmes spéciaux, par une politique bien pensée qui sort de la routine des messages de sensibilisation sur la corruption, l’insalubrité, la resocialisation des ex-combattants, etc.
L’ivoirien nouveau, à défaut de l’atteindre avec des adultes visiblement difficiles à reformer, doit se faire surtout avec les tout-petits, les plus jeunes, donc à la base, à l’école, dans les lieux de formation. Ce qui veut dire que toute la maquette pédagogique doit être revue autour de ce concept. En marge de cela, inclure l’administration et les entreprises à travers certaines règles de conduite. Mais rien !
L’Ivoirien nouveau, c’est avec le retour du patriotisme vrai, un amour retrouvé pour les insignes de la République (le drapeau national, la devise, l’hymne national) et ses institutions sans faire le culte de la personnalité. Ce qui traduit que l’on doit revenir aux anciennes méthodes du civisme tel le salut aux couleurs tous les lundis matin, tant à l’école que dans l’administration. Et les efforts du ministre de la promotion des jeunes et du service civique en la matière peinent à produire leurs fruits.
L’autre véritable problème est le manque de modèle et d’exemple. Pour amener les gens à faire ce que l’on veut, il faut soi-même montrer le chemin par l’exemple. Le fameux « fait ce que je dis, ne fait pas ce je fais », n’a jamais été productif. Les précurseurs de l’Ivoirien nouveau se montrent-ils exemplaires dans une Côte d’Ivoire qu’ils veulent voir réconciliée, démocratique, où les liens de la violence, de la corruption sont brisés, les richesses bien réparties entre les populations, etc… Il y à redire sur ce concept qui finalement veut rester un slogan de campagne et rien d’autre, à moins que les autorités veuillent revoir leur copie.
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