
« Oui, on m'a amené là-bas... » (rire dans l'assistance). Là-bas, autrement dit au pénitencier de Sheveningen aux Pays-Bas, où il a passé huit ans de détention provisoire. Multipliant les figures de style, litotes ou euphémismes, Laurent Gbagbo raconte longuement sa détention sur un ton léger. « Je me suis fait des amis », dit-il, ou encore en affirmant qu’il « n’a pas vu le temps passer ». Il ponctue son récit d’anecdotes, comme lorsqu’il raconte comment il cotisait avec ses codétenus, le Libérien Charles Taylor et le Congolais Jean-Pierre Bemba, pour partager des repas meilleurs que ceux servis en prison.
Comme pour faire oublier sa demande officielle de divorce avec Simone Gbagbo qui lui vaut quelques critiques à demi-mot parmi ses partisans, il insiste sur le rôle de Nady Bamba, sa compagne actuelle. « Elle me nourrissait. C'est elle qui me donnait chaque mois de l'argent. Parce que la nourriture qu'on nous sert en prison n'est pas bonne. »
Règlement de comptes avec la CPI
Puis il remet en cause la procédure et les poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) : « C'était pas sérieux, il fallait écarter un homme gênant, un concurrent gênant, alors on m'a mis là-bas » alors qu'« il n’y avait rien ». « Je ne suis pas un criminel », clame-t-il.
Laurent Gbagbo s’est appliqué à réécrire le scénario avancé par ses détracteurs, « on peut m’accuser de tout, mais je ne suis pas un criminel », et il s’appuie pour cela sur la décision de ceux qu’ils appellent les « Blancs », à savoir les juges de la CPI qui l’ont acquitté. « Même les Blancs qui ne nous connaissent pas là, qui connaissent pas nos petites querelles ici là, ont su que je ne suis pas un criminel. Voilà... »
En entrant parfois dans les détails, il a ironisé sur les difficultés de l’accusation pendant le procès et les échecs de la procureure, Fatou Bensouda : « En novembre 2018, on nous avait promis 135 témoins du côté de l’accusation. Il y a 82 qui sont passés. Le juge demande au procureur : "Vous avez encore des témoins ?" Il dit : "Non, c’est fini". (Rires). Les autres là ne veulent pas venir. »
« C'est la politique qui va me sortir d'ici »
Enfin, Gbagbo ne cesse de ponctuer son intervention d’anecdotes ou de métaphores qui, toutes, ont pour but de faire comprendre à l’auditoire qu’il reviendra dans le jeu politique. En s’adressant au secrétaire exécutif du PDCI présent parmi les convives, il appelle entre les lignes ses partisans une alliance avec le PDCI. « Ne jetons pas l'anathème les uns sur les autres », plaide-t-il.
Il explique aussi comment, après avoir rencontré Henri Konan Bédié (le président du PDCI) à Bruxelles, un homme issu d’un ministère belge lui aurait demandé de ne pas faire de politique, puisque c’était l’une des conditions de sa liberté conditionnelle. Et à qui il a répondu : « Moi, vous m'avez amené ici à cause de la politique et vous ne voulez pas que je fasse de la politique ? Ce qui m'a amené ici là, c'est ce qui va me sortir d'ici. C'est la politique qui m'a amené ici, donc c'est la politique qui va me sortir d'ici ! Donc, il ne faut pas vous amuser en croyant que je ne vais pas faire de la politique, je fais de la politique toujours. »
Dans la salle, plusieurs chefs de terre ou de village ont confié lui avoir donné une mission : celle de la réconciliation de tous les Ivoiriens, mais Laurent Gbagbo donne des indications sur sa méthode. « Si on doit tous être d'accord, toujours, il y plus de démocratie, jure-t-il. C'est parce qu'on n'est pas d'accord qu'il y a la démocratie. »
Fait notable également, en trente-cinq minutes d’intervention, Laurent Gbagbo n’a pas prononcé une seule fois le nom d’Alassane Ouattara, le président ivoirien.
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