
L’armée Ghana est intervenue dans la nuit de 6 au 7 janvier
2020, au sein du Parlement pour calmer une bagarre entre les députés.
Alban Bagbin, député du Congrès national démocratique (NDC),
le parti de l’opposition, a été élu avec 138 voix contre 136 pour le candidat
du Nouveau parti patriotique, la formation du président Nana Akufo-Addo, réélu
pour un second mandat en décembre et attendu pour son investiture officielle
dans quelques heures.
« J’accepte avec humilité le privilège qui m’est offert de
présider le 8ème Parlement de la 4e République du Ghana », a déclaré Alban
Bagbin.
Le Parlement est divisé entre les deux principaux partis,
qui possèdent chacun 137 sièges, et un candidat indépendant. Un vote a été
considéré comme nul et un élu du parti au pouvoir a vraisemblablement voté pour
l’opposition.
L’armée ghanéenne est intervenue quelques heures auparavant
dans l’enceinte du Parlement pour rétablir le calme, après qu’un député du
parti au pouvoir a tenté de voler les bulletins de vote.
Après plusieurs heures de bagarres, cette intervention s’est
déroulée devant les caméras de la télévision nationale, qui retransmettaient en
direct cette séance.
« C’est une entorse totale à la loi », s’est indigné Kwame
Twumasi Ampofo, député du NDC. « Quand bien même il y aurait des problèmes de
sécurité, l’armée n’a pas sa place dans la Chambre. Nous protestions (contre la
tentative de vol des bulletins) mais nous n’étions pas violents », assure-t-il.
Un député de l’opposition avait été suspendu mercredi après
une décision de justice motivée par sa double nationalité, mais il a insisté
pour voter jeudi matin, causant des scènes de bagarres et de chaos.
« Un tribunal a fait savoir qu’un élu n’était pas autorisé à
voter », a déclaré à l’AFP Atta Akyea, un député du parti au pouvoir. « Tout ce
vote (pour élire le président du Parlement) est donc teinté d’irrégularités,
c’est une honte », a-t-il estimé.
Cette division quasi égale entre l’opposition et le parti au
pouvoir inquiète les observateurs qui craignent des « blocages » à l’avenir
dans les décisions politiques du pays, dans un contexte économique difficile dû
à la crise du coronavirus.
« Il ne faudrait pas qu’on se retrouve dans une situation où
le NDC (opposition) a la majorité et s’en serve uniquement pour bloquer les
actions du gouvernement », met en garde Kobi Annan, chercheur en sciences
politiques pour Songhai Advisory, un think-tank ghanéen sur l’Afrique
subsaharienne.
« Cela doit être l’opportunité d’une collaboration entre les
deux principaux partis, qui doivent s’entendre pour l’intérêt collectif du
Ghana », souligne-t-il.
Ce pays réputé comme un exemple démocratique en Afrique de
l’Ouest a voté dans un double scrutin présidentiel et législatif extrêmement
serré qui s’était globalement déroulé dans le calme.
Mais fin décembre le candidat de l’opposition John Dramani
Mahama (47,36% des voix) a saisi la Cour suprême pour contester les résultats
de l’élection présidentielle remportée par M. Akufo-Addo (51,59%).
Ces deux adversaires politiques de longue date s’affrontaient
pour la troisième fois, avec lors des deux précédents scrutins des résultats
également serrés.
Plusieurs représentants de la communauté internationale
étaient attendus jeudi pour l’investiture du président Akufo-Addo, dont
Jean-Yves le Drian, ministre français des Affaires étrangères qui se rendra
ensuite au Burkina Faso pour rencontrer le président Roch Marc Christian
Kaboré, également réélu fin novembre.
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